Un été et puis s'en va...

Publié le par cecinestpasunblogsurmavieaucanada

"J’étais partie pour un an, en me disant que déjà si je restais six mois c’était bien et finalement ça ne sera que 4. Je rentre pour une bonne raison, pas parce que je ne supporte plus Montréal ou l’accent québécois (pour l’accent cela reste à voir !), pas non plus car je me languis trop de la France et de ses habitants, je ne rentre pas parce que j’ai échoué, mais pour commencer autre chose, pour me lancer dans un projet professionnel, qui je l’espère sera couronné de succès.

 

Je sais les raisons qui m’ont poussé à partir, je sais aussi celles qui me font prendre le chemin du retour, elles sont en adéquation les unes avec les autres. En 4 mois, j’ai appris bien plus sur moi que durant les 10 dernières années, je me suis découverte capable d’entreprendre, je me suis trouvée une âme de voyageuse et des ressources insoupçonnées, je me suis améliorée, aguerrie, j’ai déployé des ailes que j’avais depuis trop longtemps collées au corps. Je rentre avec des envies plein la tête, des projets à réaliser, avec la motivation nécessaire pour survivre à la vie parisienne, avec la force nécessaire pour bâtir un début de vie toute seule, tracer un premier sillon.

 

Mais je rentre aussi avec une petite pointe de déception au cœur, celle de ne pouvoir continuer ici ce que j’y avais entrepris, celle peut-être de ne pas atteindre l’objectif de temps que je m’étais fixée, celle de ne pas voir l’hiver. Car on ne peut pas dire qu’on a vécu au Canada si on n’a pas connu l’hiver et les petits matins à -25° ! Une chose est sûre, comme le chantait Charlebois « je reviendrai à Montréal, me marier avec l’hiver ».  Ces 4 mois ont été un premier rendez-vous, une première découverte, je viendrai pour construire quelque chose, pas en simple voyageuse.

J’en décevrai sans doute plus d’un, tous ceux qui avaient prévu de venir me visiter. J’espère que le plaisir de me revoir leur fera oublier leurs plans de vacances tombés à l’eau.

 

Qu’on aille vers l’Ouest ou vers l’Est, la décision de partir ou de revenir n’est jamais facile, il y a tellement de choses à prendre en compte, les nuits sont peuplées de calculs d’apothicaire, de pesées de pours et de contres. J’essaye toujours de suivre un petit code moral contenu dans une phrase de Lao Tseu « quand deux chemins s’offrent à toi, choisis toujours le plus difficile », aujourd’hui, je ne saurai dire lequel est le plus difficile. Il aurait été trop facile de revenir en France parce que vous me manquez, ça, ma fierté ne l’aura pas supporté. Il aurait été trop facile de rester ici et de n’en faire que de grandes vacances. Il serait trop facile de laisser passer une opportunité professionnelle comme celle qui se présente à moi, par manque d’ambition ou juste pour continuer à me soustraire à la réalité. J’aimerai continuer à voyager, et je continuerai, maintenant que j’ai pris le virus, je vais devenir une vraie backpackeuse, mais j’ai aussi envie d’avancer à un rythme plus lent, à pas plus comptés, dans un monde qui finalement est le mien, celui des adultes. Pas de chance pour moi, je suis Cancer, le signe qui a le plus de mal à se faire à l’idée de vieillir, nous sommes d’éternels enfants, les plus touchés par le syndrome de Peter Pan ! Avant de partir, j’avais peur de tout cela, peur du changement et de l’inconnu, peur de m’inscrire dans un quotidien qui inévitablement me projetait dans le futur, aujourd’hui, peut-être est-ce seulement l’euphorie à l’idée de revoir tous les gens que j’aime ou bien juste la chaude douceur du Bordeaux, mais je ressens moins, beaucoup moins, cette peur. Je me suis arrachée à mon pays, ma famille et mon lit pour partir au-delà des mers, c’était le pas le plus difficile que j’ai eu à faire, maintenant tous les autres me paraîtront si aisés !

 

Je rentre sereinement, car Paris m’attend, mais n’aie crainte Montréal, je reviendrai…"

 

 

 

 

 

J'ai écris ces lignes, il y a une semaine, lorsqu'en secret j'avais arrêté ma décision et acheté mon billet de retour, j'envisageais mon retour de manière idyllique, bien trop idyllique en réalité. Car comme toujours, les choses ne se passent pas comme on les attend, comme on les espère. Le projet professionnel pour lequel j'étais si enthousiaste, ne se fera pas, ou en tout cas pas comme nous l'espérions, pas toute de suite. Alors il faut patienter, réapprendre cette lenteur si française, si pénible!

Pas encore une semaine que je suis rentrée, et déjà Montréal me manque. Dans le taxi qui me conduisait à l'aéroport, je sentais me coeur se serrer en quittant ses avenues boisées, on s'habitue tellement vite aux lieux, on les fait vite siens, il y a six mois ces avenues m'étaient inconnues, ne m'évoquaient rien, aujourd'hui elles font partie de moi, de mon passé, de mon vécu. En voyant défiler les maisons de l'avenue Beaubien, je comprenais à quel point cette ville m'a aidé, ses rues rectilignes ont apaisé mon esprit, défait les noeuds que j'y avais noué, m'ont forcé à projeter mon regard au loin. J'y ai acquis une indépendance qu'il est dur de devoir remiser, même si je l'espère ce n'est que passager. Par le hublot de l'avion, je jette un dernier regard à Montréal, la nuit est tombée depuis 3 h déjà, une tâche au centre de l'île vierge de toute lumière, le Mont-Royal, une langue noire qui serpente, le St Laurent et entre ces deux masses sombres, les lumières de la ville, de ma ville. Maintenant, je crois que je vais traquer tout ce qui peut me ramener là-bas, je vais lire, regarder, écouter Montréal, bien plus que lorsque j'y étais, pour ne pas perdre le lien, la connection avec cette ville, jusqu'au jour où j'y retournerai... ce jour arrivera peut-être plus tôt que prévu!

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Hugo Billard 26/09/2011 13:41


Les voyages forment la jeunesse, et les voix, l'âge, forcent la genèse!
Content de te savoir de retour sur le plateau de nos vaches à nous!
Bises
Hugo


cecinestpasunblogsurmavieaucanada 26/09/2011 18:44



J'aurai aimé que le voyage ne finisse pas, que ma jeunesse s'enrichisse encore de milliers de kilomètres! Je les parcourai ailleurs qu'au Canada, mes souliers ont déjà la bougeotte, il va me
falloir trouver une nouvelle destination pour assouvir mon besoin de découverte, de photo et d'écriture!


Au plaisir de te voir sous peu Hugo!