Réflexions

Publié le par cecinestpasunblogsurmavieaucanada

Les mots, leurs sens et leurs dérivés, voir combien la langue française peut être magique. Reflexion, en latin veut dire "action de retourner", en physique c'est la capacité d'une surface à renvoyer un rayon de lumière. Et de la réflexion de cette lumière peut naître un reflet.  Et au sens figuré, la reflexion est la capacité à prendre du recul pour penser. Pourquoi est-ce que je me lance dans un grand cours d'étymologie? Simplement, car je n'avais jamais fait le lien entre reflet et reflexion, jusqu'à ce que Germaine susurre, d'outre-tombe, à mon oreille.

Peut-être que vous ne connaissez pas Germaine Tillion, pourtant il le faudrait. Il faudrait connaître toutes les femmes de qualité comme elle, il faudrait afficher leurs visages sur les murs du métro, aux unes des journaux, plutôt que tout ces trous du cul sans intérêt qui inondent le paysage médiatique et sursaturent nos cerveaux de leurs nullités. (Oui mon post ne va pas prendre un ton harmonieux et apaisé, mais j'ai besoin d'écrire pour canaliser la colère et la peine que je ressens, de faire quelque chose de positif de ces sentiments, de ne pas me laisser phagocyter par eux, de ne pas donner à cette peine plus de place qu'elle n'en mérite.)

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Germaine Tillion était une ethnologue spécialiste de l'Algérie et une grande Résistante, déportée à Ravensbruck. C'est une femme qui toute sa vie (qui fût longue et bien remplie puisqu'elle est morte à l'âge tout à fait honorable de 101 ans en 2008) a cherché le vrai et le juste, qui toute sa vie s'est astreinte à cette rigueur de pensée, faire passer la vérité et la justice avant tout autre chose, avant tout intérêt personnel. Elle l'a cherché dans ses études, dans ses rapports aux autres, dans sa relecture de l'histoire notamment celle de la Résistance, dans son approche du monde. Elle n'a jamais eu peur d'aller contre l'avis du plus grand nombre si c'était pour poursuivre cette quête.

Mais comme je suis très nombriliste, ce n'est pas un article que je consacre à Germaine, malgré toute l'admiration que je peux avoir pour elle. Si j'en ai parlé, c'est pour rendre hommage à cette femme peu connue, mais surtout parce que dans un entretien qu'elle a accordé, elle aborde le thème qui a été son sujet de thèse, celui du reflet. Elle considère qu'un être humain ne peut pas se construire sans un effet de miroir avec les autres, sans essayer de voir son reflet en eux et le leur en lui-même. Il restera sur place s'il ne se pose pas de questions, s'il n'a pas de réflexion, vous suivez?! Elle développe les deux sens du mot réflexion et explore le reflet physique dans une dimension plus intellectuelle. Que vois-je dans l'autre? Que me renvoie-t-il?

Le reflet est un de mes sujets favoris de photographie, j'aime chercher dans les vitres, les miroirs, les flaques d'eau ce que la réflexion de la lumière renvoie à mes yeux. Jusque là, je pensais que ce n'était qu'un jeu avec les formes, mais maintenant j'y vois quelque chose de plus profond. Une volonté de voir, de penser le monde d'une autre manière, réfléchir dans tous les sens du terme, ne pas s'arrêter au convenu, changer d'angle et d'approche. Voir autant la chose regardée que ce qui se passe derrière soi.  C'est sans aucun doute dans ma nature chiante de fille un peu trop cérébrale, qui veut mettre du sens partout, comme elle met du sel partout! C'est sans aucun doute chercher bien loin des explications et m'accorder trop de capacité de réflexion, aussi.

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Si je dois me prendre en photo, ça sera forcément mon reflet, jamais en face, je ne veux pas me voir "moi" mais l'image que j'ai de moi, ce qui est finalement pire!! Cela dénote aussi une incapacité à regarder les choses en face!

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Ces derniers jours, j'ai beaucoup réfléchi, j'ai repensé à Germaine, j'ai posé ses réflexions autour de mon petit nombril et me suis demandée: Nos amis sont-ils un reflet de nous-mêmes?

Ne soyons pas hypocrites, les relations sociales c'est d'abord une question d'égo, c'est d'abord "je' qui dit "je te choisis pour faire partie de ma vie, car tu me renvoies une image de moi que j'aime", et la version négative marche aussi, "je te choisis car tu me renvoies une mauvaise image de moi, mais je suis incapable de me voir autrement". On s'arrête d'abord sur les points communs qu'on a avec les autres, "je reconnais ça et ça de moi chez toi", ensuite on s'attache ou s'attaque (comme on veut) à ce qui sépare. La richesse d'une relation, comme celle d'une bonne photo, c'est lorsque le reflet se démultiplie, il y a le reflet et le reflet du reflet, quand sans cesse chez l'autre on se découvre autant qu'on le découvre. 

Cette semaine, j'ai perdu une amie - elle ne s'est pas fait écrasée pas un bus, et je ne l'ai pas non plus égarée dans un supermarché, elle a juste quitté ma route et moi la sienne - cela m'a fait beaucoup de peine. Peut-être que si c'est arrivé c'est parce qu'on a arrêté de se chercher dans le reflet de l'autre. On ne voulait plus voir que sa propre image. Pire on ne voulait plus voir qu'une déformation de sa propre image, une déformation qui nous contentait.

Toujours est-il, qu'en photo j'aime les reflets car ils permettent de voir des nuages à l'intérieur des maisons, des voitures dans des lunettes, des arbres sur des guitares, de voir passer les gens sans les regarder et de mêler les morts aux vivants.

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New-York

 

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Montréal

 

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Paris

 

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Washington

 

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