Plume et sac à dos

Publié le par cecinestpasunblogsurmavieaucanada

Cela fait presque trois semaines que je n'ai rien écrit. Je crois que ça m'a fait du bien de me détacher de ce blog, de vivre les choses, de les ressentir sans essayer de les analyser et de les faire partager, soyons un peu égoïste!

Et puis durant ces trois semaines, j'ai quand même passé 10 jours en Gaspésie, loin de tout, pas d'Internet, presque pas la radio, pas de journaux non plus, rien! Il y a quelques heures encore, j'étais assisse dans une cantine (un snack version québécoise) à Trois-Pistoles, complètement abasourdie, essayant de remonter le puzzle du carnage en Norvège, à partir des bribes d'infos d'un journal local du Bas Saint-Laurent savoir où, quoi, comment, qui. J'apprenais aussi la mort d'Amy Winehouse tout en observant la serveuse de ce boui-boui dans son uniforme bleu électrique, inlassablement empechée de finir son déjeuner, par l'arrivée inopportune de clients. Nous nous sommes fait la réflexion que si une troisième guerre mondiale avait éclaté, les échos des combats ne se seraient pas fait entendre jusqu'à Gaspé! Le choc est un peu rude d'apprendre d'un coup les évènements, souvent mauvais, que le monde a enduré durant plusieurs jours. Le monde a continué de tourner pendant que je faisais mon tour, il ne m'a pas manqué, finalement on vit très bien sans savoir que la famine ravage la Somalie, qu'un cinglé peut tuer 76 personnes un beau matin parce que l'idée lui en a pris, qu'un train a déraillé en Chine et qu'un avion est tombé au Maroc...  C'est égoïste de ne pas vouloir savoir, c'est égoïste de vouloir juste profiter de la langueur océane du Saint-Laurent, du bruissement du vent dans les bouleaux, du reflet des nuages dans les eaux cristallines d'un lac. Oh oui c'est égoïste, mais c'est seulement 10 jours et ça fait un bien fou!!

 

C'est donc en faisant une incursion en Gaspésie que ce blog va se remettre sur les rails. Pas facile de résumer, de raconter 10 jours aussi intenses. J'ai pris quelques notes en chemin, qui me serviront de base, les photos faciliteront les souvenirs, ramèneront au premier plan les émotions, les sensations des différents lieux. Dans la voiture, au retour, je me demandais comment j'allais organiser mon récit, car il doit être concis et développé à la fois, je dois passer sur certains détails et m'attarder sur d'autres. Dois-je faire un récit platement chronologique ou au contraire, aller en zig-zag suivant le cheminement des souvenirs et des connexions qui existent entre eux? Depuis les cours de Tonton Bibi la question reste la même: plan chronologique ou thématique? Ou mieux chrono-thématique? Je pense opter pour ce dernier.

Partons d'un cercle, d'une boucle qui irait de Montréal pour y revenir et qui passerait par le Bas Saint-Laurent d'abord, pour ensuite entrer en territoire gaspésien, descendre la vallée de la Matapédia, longer les rives de la baie des Chaleurs pour atteindre la Pointe et rebrousser chemin en restant au sud du grand fleuve. Sur cet itinéraire viendront se greffer des détours, des circonvolutions, des arrêts, des retours en arrière, des avances rapide et plein de "wahou", "c'est magnifique", "c'est vraiment ma-gni-fi-que" et aussi quelques "putain ce que c'est beau!" (désolée pour la vulgarité mais parfois ça aide!) mais surtout beaucoup d'images et même quelques vidéos!!

 

 

Je suis donc partie pour la Gaspésie, le 16 juillet dernier et les mots qui m'étaient venus dans la voiture étaient ceux-là:

 

"Aujourd'hui je me remets en chemin en écoutant Bob Dylan, c'est une musique idéale pour le voyage, il y a dans sa guitare, son harmonica et sa voix rocailleuse des échos d'errance, de route dans le désert, d'arrêt au milieu de nulle part. Pas d'errance cette fois-ci pour moi, la destination est connue même si les détails restent encore à définir. L'autoroute 22 nous éloigne de Montréal, nous fait entrer dans la campagne québécoise avec ces fermes et ses silos si typiques de l'Amérique du Nord, que j'associerai toujours aux dessins animés de Tex Avery, nous longeons les monts St Hilaire et St Bruno. Heureusement que l'Eglise Catholique aime les béatifications sinon le Québec n'aurait pas assez de nom de saints pour toutes ces villes, ces rues et ces monts! A la hauteur de Québec, il faudra rester au Sud du Saint-Laurent et poursuivre plus à l'Est vers ce petit coin de paradis qu'est la Gaspésie.

Je me contorsionne pour trouver une position agréable pour écrire, un genou replié, le carnet appuyé dessus, le haut du coprs entièrement penché sur cette tâche presque impossible, celle d'écrire assez lisiblement pour pouvoir me relire. J'aurai bien besoin de reprendre des cours d'écriture! Le soleil brûlant de ce milieu de matinée dessine les ombres de mes doigts, du stylo, de cet ensemble que je ne me lasse pas de voir arpenter les feuilles de papier. Cela m'a manqué de ne pas écrire, je m'aperçois maintenant à quel point ça m'a manqué toutes ces années, de ne pas écrire. Au lycée, j'écrivais beaucoup et puis j'ai arrêté, parfois l'écriture fait remonter à la surface des choses qu'on n'a pas envie d'affronter. Mais la douleur, le mot est un peu fort, l'inconfort disons, que l'on peut ressentir parfois à se confronter à soi-même, dans cette trituration intellectuelle sera toujours moindre que le bien-être qu'on retire à faire quelque chose que l'on aime. Mais il faut aussi avoir matière à écrire et c'est là que la Gaspésie entre en jeu pour offrir à mes yeux ébahis la grandeur, la beauté de la nature sauvage que je suis venue trouver, chercher ici. Car pour le moment du Canada je n'ai vu que deux villes et c'est loin d'être le plus intéressant, le plus représentatif. Et puis j'ai aussi envie d'avancer, de faire un tour, de ne pas revenir toujours au point de départ, une ébauche de road trip en quelques sortes, un galop d'essai pourquoi pas. Je veux les grands espaces, je veux la rencontre brutale des éléments, je veux beaucoup moins la rencontre tout aussi brutale de mon épiderme avec les moustiques!

Changement de position, ce n'est vraiment pas pratique d'écrire en voiture. Les chansons continuent de se succèder à mes oreilles, c'est un élément indispensable du voyage pour moi, la musique. C'est aussi un élément indispensable pour écrire. Je vais arrêter de m'escrimer à tracer mes hiéroglyphes et juste me laisser porter par le rythme du moteur et mon esprit va vagabonder entre les arbres et les clotures des champs, en écoutant une autre chanson faite pour le voyage, et la rêverie "Enjoy the ride" de Morcheeba"

 

En relisant ces lignes, je peux affirmer que j'ai eu ce que je voulais: les grands espaces et la rencontre brutale des éléments, même un peu trop brutale parfois et j'ai aussi eu ce que je ne voulais pas, les moustiques, tout plein! Et aussi de minuscules moucherons qui essayaient de rentrer, à tout prix, pour des raisons qui m'échappent, dans les orifices de mon visage!! Et une constante à ce voyage, ce n'est vraiment pas pratique d'écrire en voiture, mais les moments de voyage étaient les seuls où je pouvais me poser pour écrire et prendre le temps nécessaire à me remémorer ce que j'avais vu et les impressions que j'en avais eu.

 

Alors la Gaspésie, qu'est-ce que c'est et où ça se trouve? Petite carte pour mieux comprendre:

 

http://images.travelpod.com/users/mllecastiglione/1.1267837635.carte-de-quebec.jpg

 

 

 

La Gaspésie c'est donc la petite protubérance arrondie qui se situe au Sud du Saint-Laurent, c'est grand comme la Belgique et il n'y a qu'une route qui fait le tour de la province, la route 132. La Gaspésie, en elle-même, ne commence qu'à sainte-Flavie, mais la carte n'est pas assez précise pour que ça soit indiqué, disons Rimouski, avant cela c'est le Bas Saint-Laurent. De Montréal à Gaspé, il y a 946 km, autant dire rien du tout à l'échelle du Canada!

 

Et la Gaspésie ça ressemble à quoi? Et bien c'est ce que je vais tenter de vous montrer dans les futurs articles. Il faudra juste un peu de patience, car 460 photos attendent d'être triées, mes souvenirs d'être ordonnés et les mots d'être trouvés. Mais promis, ça ne serait tarder, juste un peu de repos à mon dos fourbu par le camping (on n'a pas idée de faire dormir les gens sur du gravier!), mes pieds par la rando, et mes yeux par tant de beautés!

 

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