Ottawa, première partie

Publié le par cecinestpasunblogsurmavieaucanada

 

Ottawa sera donc la première destination de ma découverte du Canada. Choix consensuel et finalement assez peu aventureux, mais pour une première c’est suffisant. Je vais attendre quelques temps avant de me lancer à l’attaque du parc national de Banff dans les Rocheuses !

Après 2h30 de bus, j’arrive à la gare d’autobus d’Ottawa, et comme toujours il faut que les gares d’autobus se trouvent à une distance déraisonnablement grande du centre-ville ; en chemin je rencontre Mohammed, qui vient aussi de débarquer par le bus de Montréal, qui cherche l’université où il doit passer un examen. Originaire d’Algérie, nouvellement intronisé citoyen canadien, marié et père de deux enfants, il a repris ses études pour ne pas faire veilleur de nuit toute sa vie. Il est content que ses enfants soient nés ici au Canada, sa femme doit encore attendre avant de pouvoir prétendre à la nationalité canadienne, c’est un processus lent. Moi qui n’ai jamais mis les pieds à Ottawa, je m’improvise guide et nous conduit d’un pied assuré jusqu’à l’université, où j’abandonne Mohammed en lui souhaitant le meilleur.

Une fois débarrassée de mes kilos superflus à l’auberge de jeunesse, je pars à la découverte de la colline parlementaire.

 

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Ottawa est une capitale qui ne dit pas son nom. Rien dans son allure générale ne laisse présager qu’elle est la ville maîtresse du deuxième plus grand pays du monde. Choisie arbitrairement par la reine Victoria en 1859 pour devenir la capitale de ce nouvel état, Ottawa n’était alors qu’une petite bourgade sur les bords de la rivière Outaouais qui vivait de l’exploitation forestière et portait le nom de Bytown. Adoubée capitale, Bytown prend le nom d’Ottawa, anglicisation d’Outaouais et se pare des joyaux architecturaux qui doivent lui conférer la solennité qui sied à son nouveau statut.

Il n’y avait aucune raison particulière pour qu’Ottawa devienne la capitale, à l’époque Montréal et Toronto étaient déjà les deux villes les plus importantes et postulaient à ce rôle. Tel Salomon, Victoria a fait le choix le plus sensé, elle a désigné une ville qui n’avait pas d’identité marquée, une cité qui pouvait se dévouer entièrement à cette fonction et devenir la ville de tous les Canadiens, qu’ils soient francophones, anglophones et dans une moindre mesure à l’époque, autochtones.

 

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Le parlement de style néo-gothique est à mon sens largement inspiré de l’architecture anglaise : le parlement anglais, Oxford. Lorsque je me suis retrouvée face au Parlement, devant un grand carré de pelouse mal tondue, je me suis dit qu’il manquait quelque chose, un rien de majesté, une allée centrale, des parterres de fleurs… un jardin à la française peut-être ! Je m’en suis voulu d’avoir ce genre de réflexion très franco-française « chez nous c’est mieux ! », de paraître quelque peu blasée et déçue devant ce que les Canadiens considèrent comme un chef d’œuvre de leur architecture. Je ne peux pas en venant en Amérique du Nord m’attendre à retrouver l’architecture européenne, et je ne viens pas ici pour ça, je viens ici pour le vertige du verre et du béton, pour la beauté époustouflante de la nature.

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J’ai eu la chance de pouvoir profiter d’une visite guidée privée du Parlement, à 18h30 j’étais la seule française à vouloir visiter ! Une charmante étudiante en sciences politiques à l’université du Saskatchewan (ce qui est à peu près l’équivalent de l’Aveyron au Canada !) prénommée Faye, m’a fait découvrir les différentes salles du Parlement, dans un français mâtiné d’expressions anglaises.

Le parlement a été entièrement ravagé par un incendie en 1909, à part la bibliothèque qui a été sauvée des flammes par la présence d’esprit d’un bibliothécaire qui a fermé les lourdes portes de fonte !  Je l’imaginais ce brave homme prêt à mourir avec ses précieux livres, mais en silence, bien sûr !!

 

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    A votre gauche, l'intérieur du Parlement et à votre droite la Chambre des Communes


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          De même ici, la bibliothèque et le Sénat

 

De retour à l’auberge de jeunesse, j’ai fait la connaissance d’une québécoise, de ce genre de rencontres qui font apprécier les voyages. Arriver dans une ville inconnue, et croiser la route de quelqu’un que l’on a l’impression de connaître, avec qui le courant passe tout de suite, avec qui on est ravi de partager des moments en sachant qu’ils ne se reproduiront sans doute jamais.

Nathalie, un physique à la Marianne James, est une photographe passionnée par l’argentique, anti-numérique, une photographe désargentée qui travaille pour la beauté de l’art, pas pour les photos de mariage. Elle est venue à Ottawa pour trouver un appartement, car elle reprend ses études à la rentrée pour obtenir un diplôme d’enseignement pour pouvoir apprendre l’art de regarder aux enfants. Dans une autre vie, comme elle dit (elle n’a qu’une petite quarantaine) elle a été professeur de photo pour adulte, mais l’argentique ne fait plus recette, je ne sais pas si elle aura plus de chance avec les enfants, je lui souhaite en tout cas.

 

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On a beaucoup discuté du Canada, de la France, d’art, de cuisine, d’un peu de tout et au cours d’une marche digestive samedi soir, notre discussion a fait écho aux propres réflexions que j’avais la veille sur ma perception des monuments historiques canadiens. Nathalie m’interrogeait pour savoir si je n’étais pas déçue après avoir vu tant de monuments magnifiques en Europe, de ce que je trouvais ici. Je ne peux pas nier que je suis nostalgique de la vieille Europe pour ça, pour son histoire, ma marotte à moi, mais je ne suis pas déçue, on est déçu que par des choses auxquelles on s’attendait. Mais une chose est sûre, je dois apprendre à apprécier des villes, des lieux sur d’autres critères que ceux que j’avais en Europe, pas pour la magnificence des bâtiments mais plus pour l’ambiance, pour des choses immatérielles. Ce sont les gens que je vais croiser dans ces villes qui vont ou ne vont pas me les faire apprécier.


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Fin de la première partie…

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