Ostende - New-York

Publié le par cecinestpasunblogsurmavieaucanada

 

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Cela ressemble un peu à une fin d'après-midi à Ostende, le regard qui se perd sur les kilomètres de sable, sur l'horizon dominé par les immeubles en front de mer et, elle, froide et d'un bleu-gris intense. Et puis il y a aussi les nuages menaçants qui s'approchent et qui prédisent déjà la pluie à venir. Mais ça n'a pas le charme d'Ostende, il n'y a pas les enfilades de cabines blanches, il n'y a pas les colonnades Second Empire qui jouent avec le soleil déclinant et il n'y a pas ce quelque chose de Jacques Brel, comme un refrain du plat pays porté par la Mer du Nord. Ici, on entend le rap US, violent et peu mélodique, entrecoupé par les cris des jeunes filles projetées dans les airs par des machines de foire dignes des meilleures salles de torture. La plage de New-York, Coney Island, c'est donc cela. Des lattes de bois, des manèges, des bars et des snacks. Des sauveteurs en shorts rouges et des super-tankers qui croisent au loin.

 

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En repensant à ce que j'avais écrit sur New-York la dernière fois, que c'est une ville qui oblige à être conscient, présent, je m'aperçois qu'aujourd'hui c'était tout le contraire.  C'était une journée comateuse, il faisait gris et loud, humide et moite. Le ciel ne savait trancher entre averses diluviennes et éclaircies lumineuses. Je l'ai trouvé endormie ou bien peut-être était-ce moi?

Il est vrai que les 4h de bus pour relier Boston à NY dimanche après-midi m'avait totalement anesthésiée. Quatre heures grises et floues, à regarder tomber la pluie. Et la pénible sensation de ne pas savoir où l'on est. Passer dans des villes sans nom, ne pouvoir estimer le chemin déjà parcouru, ne pas savoir quand on arrive (peu importe l'âge que l'on a, la question reste toujours la même "c'est quand qu'on arrive?!"). Moi j'aime savoir où je suis, dans combien de temps je serai à tel endroit, cela m'aide à anticiper ce que je vais avoir à faire, à ne pas être prise au dépourvu. Mais là, pas moyens de savoir, et pas maligne que je suis, je me suis mise du mauvais côté, dans le bus, celui où on ne voit pas les panneaux indicateurs!


Et puis il est apparu, fantomatique silhouette dans le brumeux crépuscule, un navire échoué entre deux rives, le Washington Bridge (celui que j'ai pris pour le Washington Bridge mais qui en réalité devait être le Bronx-Whitestone Bridge. Mais il lui ressemblait. Si cela avait été le WB, on serait arrivé par le Nord de NY, alors que le bus est passé par le Queens, à longer l'East River, ce qui me fait dire en regardant le plan du métro, que c'était le Bronx-Whitestone Bridge), la porte d'entrée dans NY. On a longé Manhattan, on pouvait voir des nuages accrochés à l'antenne de l'Empire State Building, traversé le fleuve en empruntant le Manhattan Bridge (sûre à 100% cette fois-ci) et je suis restée admirative devant la beauté du Brooklyne Bridge et la pointe de Manhattan la nuit.

"Hello New-York, j'avais dit que je reviendrai et bien me voilà"! Mais pour si peu de temps, juste les heures nécessaires pour explorer les collections du MoMa (Museum of Modern Art)

 

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Il est intéressant de constater comment une visite au musée peut vous emmener bien au-delà des murs et des oeuvres qui le compose. Combien chaque oeuvre peut se réveler une vraie madeleine de Proust. Avec quelle force, elle se fait l'écho de réflexions, de lectures. Ma visite au MoMa a été jalonnée de flashbacks et d'apartés pseudo-intellectuelles. Je crois que c'est la foule des touristes qui m'a poussé à me réfugier derrière les barrières de mon esprit et de mes souvenirs. En voyant ces masses agglutinées devant les plus célèbres toiles, je me demandais si ces gens étaient venus par amour de l'art moderne ou simplement parce que le Lonely Planet a classé le MoMa dans son Top 10 des choses à faire à NY?

J'ai coupé mon cerveau du bruit des gens autour, pour ne le garder concentrer que sur les oeuvres et ce qu'elles m'évoquaient.

 

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J'ai pensé à Jorge Semprun et à ses mots sur l'indicible qui m'accompagnent pendant ce voyage en voyant la tristement célèbre photo des déportés de Dachau. Et je me suis souvenue que le jeune homme en bas à gauche, allait avoir la force de transformer cette expérience des ténébres en lumière et devenir l'un des hommes les plus sages de notre temps: Elie Wiesel.

 

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Et puis Truman Capote, une claque littéraire, De Sang froid, un être hors du commun, qui n'avait sans doute pas le talent qu'on lui prêtait ni qu'il se prêtait. Un livre de lui qu'une amie m'a offert une après-midi ensoleillée au jardin du Luxembourg, un livre qui parle de NY et de la fin de l'été.

 

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Picasso, Les demoiselles d'Avignon

 

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Fernand Léger, La femme avec un livre

 

Picasso et Fernand Léger sont eux associés à mon jeune féru d'art, qui du haut de ses 5 ans, me parlait du Minotaure de Picasso, avec ses mots tronqués et tout ceux qui lui manquent encore, dans le bain tout en arrosant son frère.

 

 

 

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Giacometti

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Je triche car cette sculpture est à Chicago pas au MoMA!

 

Giacometti que j'ai longtemps confondu avec Modigliani, jusqu'à ce que je tombe désespérément amoureuse des sculptures de Giacometti, de ces silhouettes d'hommes qui marchent. Giacometti et la photo qu'a prise de lui Cartier-Bresson, alors ça ressemble à ça un génie? Un petit homme rabougri, qu'on prendrait aisément pour un clochard. Pour en revenir à Modigliani, j'aime la grâce avec laquelle il peignait les visages des femmes: racés et élégants.

 

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Giacometti rue d'Alésia, Henri Cartier-Bresson (le cliché n'est pas au MoMa)

 

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Anna Zborowska, Modigliani

 

Cela me fait aussi penser au film Le Tatoué de Denys de La Patellière avec Gabin et de Funès où Gabin a un Modigliani tatoué dans le dos, un vrai bien sûr, parce que Gabin est-ce qu'il a une tête à avoir une copie, hein?!

 

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Les Nymphéas, Monet

 

Monet et ses cathédrales, Monet et ses nymphéas, la Normandie et un voyage au pays des Impressionnistes l'été dernier. Le calme, la sérénité de Giverny, je ne savais pas que des nénuphars pouvaient être si beaux et poétiques.

 

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Un Van Gogh et un Gauguin se cachent dans cette image!

 

Van Gogh et Gauguin et le livre de Vargas Llosa que j'ai lu cet hiver, mais dont le titre m'échappe, Le Paradis, il me semble. Il raconte la vie de Gauguin et ses relations brèves, tumultueuses et finalement assez peu amicales avec Van Gogh. Leurs deux folies, celle pure et sans espoir de Van Gogh et celle de Gauguin qui le poussera à abandonner son métier, sa famille et la certitude d'une vie bien rangée pour l'incertitude d'être un artiste.

 

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Malevich

 

Il y a, comme Van Gogh, des artistes qui attirent les foules, et d'autres que l'on délaisse, les pauvres Malevich et Mondrian ne font pas recette. Je dois dire que je reste moi aussi assez dubitative face à ces oeuvres, mais il y a en même temps quelque chose qui m'attire, comme une fascination pour leur audace à réduire la vie à des formes géométriques.

 

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Mondrian

 

Il y avait Dali aussi que j'aurai aimé approcher, mais les Montres molles, tableau que j'imaginais immense et qui s'avéra être ridiculement petit, était inaccessible, couvé par des dizaines de paires d'yeux. A défaut, de savoir l'heure, j'ai regardé le ciel, celui de Magritte bien sûr. La Belgique, un week end à Bruxelles où il n'a cessé de pleuvoir, mais où j'ai appris à aimer la bière. Et puis la Flandre et ses canaux, magnifique et aristocratique, mes pieds dans l'eau froide à Ostende.

 

 

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Mes pieds dans l'eau à Coney Island, je regarde la mer et cette plage immense, je repense à tout cela, à quel point j'avais été séduite par Ostende, j'aime les plages immenses, surtout quand elles sont désertes comme en ce moment à Coney. Mais pourtant il manque quelque chose, je ne suis pas séduite comme j'aurai pensé l'être, la magie qui devrait me bouleverser n'y est pas.  J'ai envie de poésie, et il n'y en a pas, il y a tous ces terrains vagues, ces grilles le long de la fête foraine, il y a cette ville délaissée au bout d'une ligne de métro, la pluie de l'après-midi a fait fuir ceux qui auraient voulu bronzer. Il y a moi avec mes souvenirs et les vagues qui remontent le long de mes jambes.  J'ai envie qu'on me chante le Plat pays, Amsterdam, Toulouse, qu'il est 5h et que Paris s'éveille. J'ai envie d'Europe.

Ces quelques mois outre-atlantiques m'auront révélé cela, je suis bien plus Européenne que je ne l'aurai cru. Dans ma façon de penser, de ressentir, dans mes rapports aux autres, au monde et à l'histoire, ma sensibilité et ma culture sont européennes. Je suis très heureuse de voyager en Amérique, d'y vivre aussi, pendant un laps de temps dont je sais qu'il aura une fin. J'aime être subjuguée par la démesure de certaines villes américaines, je suis admirative de l'énergie qu'ont les Américains, mais parfois comme aujourd'hui je suis saisie d'une nostalgie que je ne peux réfreiner.

Ce fut une journée à New-York où j'étais partout sauf vraiment à New-York, le voyage appelle le voyage, même quand le corps ne bouge pas, l'esprit continue de vagabonder.

 

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