Les Colons colonisés

Publié le par cecinestpasunblogsurmavieaucanada


Les Québécois se surnomment eux-mêmes, avec tristesse et aigreur, « Les Colons colonisés ».

Descendants des premiers colons, ils doivent vivre au sein d’une nation qui les considèrent comme des étrangers, qui ne prend pas en compte leurs particularismes et qui tolère tout juste leur langue !

 

Le 24 juin, jour de la St Jean-Baptiste, c’est la fête nationale québécoise, on célèbre sa fierté d’être Québécois et de parler français et on réitère son envie de devenir un état souverain.  Hier soir, je suis allée avec Stéphane assister, sous la pluie et dans la boue, à un concert organisé pour cette occasion. Aux dires de mon souverainiste de colocataire, de nombreux Québécois avaient honte d’être Québécois cette année, car aux dernières élections le parti fédéraliste québécois (favorable aux anglophones) a gagné pour la première fois. Les Québécois ont laissé s’ouvrir une brèche, dans laquelle les canadiens ne manqueront pas de s’introduire pour empêcher toute union nationale québécoise. Le climat général n’était donc vraiment à la fête, mais malgré cette morosité et la pluie des milliers de montréalais s’étaient réunis au Parc Maisonneuve (au lac Maisonneuve en l’occurrence) pour voir sur scène chanter des artistes québécois.

 

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Je suis toujours dubitative quand je vois des milliers de personnes agiter des drapeaux. En France, nous n’avons pas ce culte de la nation, c’est quelque chose auquel je ne suis pas habituée. Voir un drapeau tricolore à une fenêtre en France, hormis sur une mairie, c’est souvent signe que le propriétaire vote à l’extrême droite. J’aime mon pays, je me sens Française mais je ne ressens pas le besoin de le crier, de le scander, mais j’appartiens à un état souverain, à la longue et mouvementée histoire, qui finalement n’a pas plus besoin de prouver, de chercher son identité nationale (même si Nicolas et Marine veulent nous faire croire le contraire). Le nationalisme se crée en opposition à quelque chose, à quelqu’un. Ici, le nationalisme, le patriotisme a un sens, les Québécois doivent lutter pour conserver leur culture, leur langue, leur identité.

 

 

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Petit retour en arrière : La Nouvelle-France est officiellement créée en 1609 par Henri IV, elle va perdurer pendant plus de 150 ans. Mais en 1756, commence la guerre dite de Sept Ans, qui a opposé le Royaume de France, au Royaume d’Angleterre avec pour conséquence de voir émerger le puissant empire colonial britannique. La guerre a aussi touché l’Amérique, la Nouvelle-France va être cédé aux Anglais, lors du traité de Paris, où il est stipulé que l’Amérique doit devenir anglophone et anglicane. Après le départ de l’élite française, et devant le désir d’assimilation des Canadiens, les Québécois, livrés à eux-mêmes, vont farouchement s’opposer à l’occupant en continuant à pratiquer leur religion (le catholicisme), en ayant toujours recours à la législation française et en communiquant en français. Ils sont complètement marginalisés par le pouvoir anglais.

Suite à la guerre d’Indépendance des Etats-Unis, de nombreux Américains fidèles à la couronne émigrent vers la Canada, faisant encore augmenter le nombre d’anglophones dans la Province du Québec, et créant de nombreuses tensions qui mènent à la création de deux régions : le Haut-Canada anglophone et la Bas-Canada, majoritairement francophone.

Au cours du XIXe siècle, les idées nationalismes secouent le Canada français, où des francophones mais aussi des Irlandais et même certains Anglais se révoltent contre Londres et sa volonté de fédérer en un seul état les deux Canada, c’est la révolte des Patriotes. Elle tourne court et met un terme aux rêves d’autonomie des Canadiens français, dès lors ils se replient sur eux-mêmes et acceptent leur statut de colons-colonisés. Les pouvoirs, politique et économique, sont aux mains des anglophones, les francophones sont relégués aux activités agricoles et artisanales.

Il faut attendre les années 1960 pour voir le réveil du nationalisme québécois, qui va de pair avec un réveil économique, d’ailleurs, le Canada français prend officiellement le nom de Québec à cette époque et l’idée d’indépendance refait surface avec plus de force. En 1995, un référendum a demandé aux Québécois s’ils souhaitaient la souveraineté du Québec. Le non l’a emporté à 50,58% des votes. Jamais les souverainistes n’auront été si proche de réaliser leur rêve, seulement 54 228 voix.

 

  Des chants patriotiques québécois

 

 

  Quand Stéphane me parle de l’indépendance, de la révolte des Patriotes, je le sens très ému. Lorsque j’ai rencontré ses amis souverainistes, bien éméchés, j’ai dû défendre la France contre leurs attaques, « maudits Français, vous nous avaient abandonné, c’est de votre faute ! ». Ce ne sont pas de vieilles histoires, ce sont toujours des traumatismes très présents. Le sentiment d’injustice est très prégnant chez les Québécois, il a forgé leur identité, il alimente leur nationalisme et l’usage du français c’est un doigt d’honneur en direction du gouvernement canadien ! Il y a vraiment deux entités qui s’ignorent : le Canada et le Québec.

 

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J’étais très contente de participer à cette fête, avec mon petit drapeau québécois planté dans mon sac à dos,  j’étais impressionnée par leur ferveur et aussi touchée, en tant que Française d’abord, j’ai moi aussi envie de défendre ma langue contre la suprématie anglaise et en tant que grande romantique ensuite, c’est la lutte de David contre Goliath, même si celle-ci semble un peu perdue d’avance. Alors que mes oreilles bruissent encore du débat absurde sur l’identité nationale française, j’étais heureuse d’entendre les cris de joie et les chants d’une nation qui ne demande qu’à être. Et j’ai vu Robert Charlebois !!!


 

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Je n'ai pas résister à l'envie de vous faire partager mes vidéos de Robert Charlebois chantant "Lindberg" et "Je reviendrai à Montréal" en duo avec Rufus Wainwright (un autre Montréalais, mais qui chante le plus souvent en anglais!)

 

 

 


 
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