Le fil de l'histoire

Publié le par cecinestpasunblogsurmavieaucanada

Plus je relis mes notes prises à Boston et moins je trouve de cohérence dans ce que j'ai écrit, il va bien falloir pourtant faire un récit ordonné de ces 3 jours dans celle qu'on pourrait appeler la ville rouge. Le rouge des briques bien sûr (rien de communiste à Boston!), des briques Harvard, ces petites briques qui m'ont, un peu, rappelé la Normandie et beaucoup la Grande-Bretagne, on ne renie pas ses origines, même quand on les exècre, même si on est la ville de laquelle est partie la rébellion contre le roi. Le fameux Boston Tea-Party (aucun rapport avec le nouveau Tea-party, réunion de réac de première!) de 1773, durant la journée du 16 décembre, soixante bostonniens déguisés en Indiens Mohawks sont montés sur trois navires anglais transportant du thé et ont jeté la précieuse gargaison à la mer. Par ce geste, ils souhaitaient montrer leur désapporbation face aux augmentations successives des taxes sur les colonies et surtout face au Tea Act, loi qui permettait aux marchands Anglais de vendre leur thé en Amérique sans payer les taxes imposées sur ce produit, ce qui a conduit à la ruine de nombreuses compagnies américaines. Evénement symbolique, le Boston Tea Party est un prélude à l'émancipation des 13 colonies et à la déclaration d'indépendance de 1776.

 

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Les Américains viennent à Boston, comme ils vont à Philadephie d'ailleurs, en pélérinage, c'est le Hadj patriotique, ils vont fouler le sol qui a porté les héros de l'Indépendance, ils vont voir la vieille Amérique, les pavés, les pierres, les stèles des cimetières. Ils viennent apprendre comment se fonde une nation, comment on se libère du joug, comprendre pourquoi les Etats-Unis se sentent investis de cette mission de libérer les autres peuples de leurs chaînes partout dans le monde. Ils viennent s'imprégner de leur identité historique, le ciment qui les lie les uns aux autres, qui rapproche l'Est et l'Ouest, le Nord et le Sud, les villes et les plaines désertes de ce gigantesque pays. Ils suivent fidélement le Freedom Trail, ce fil d'Ariane matérialisé au sol par un long trait rouge de 4 km qui serpentent dans le vieux Boston à la rencontre de ces lieux chargés d'histoire.

Moi aussi j'ai suivi le chemin de la liberté, encore engourdie par une nuit de somnolence ballotée de droite à gauche dans un bus Greyhound, la chaleur de deux thés pris successivement n'a pas réussi à défroisser ma carcasse, mon cerveau peine encore à comprendre correctement les indications du guide et mes pieds manquent toujours à l'appel, ils n'aiment pas dormir la tête en bas! Avant de me mettre en marche, je m'assois dans un parc, et je regarde des dizaines d'octogénaires chinois faire leur gym du matin. Il est à peine 8h. La journée va être longue.

Boston est là, radieuse sous le soleil, alors ne la faisons pas attendre...

 

Boston l'ancienne. Boston la moderne. Boston est la preuve que l'on peut lier de manière durable et esthétique les bâtiments chargés d'années, souvent bas, en pierre ou en brique, avec les buildings de béton et de verre. Pour cela j'ai été très surpise, très agréablement surprise,  je ne pensais pas trouver en Boston une ville verticale.

 

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Trinity Church, avec ces airs romanes du XIIe siècle, elle est du XIXe et derrière la John Hancock Tower dessiné par Peï.

 

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Ce sont deux bâitments différents!

 

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L'Old State House (1713)

 

La longue ligne rouge m'a mené vers tous les bâtiments de plus de 100 ans d'âge, tout ceux qui portent des briques rouges et une élégance désuète, comme l'Old State House, si frêle et en même temps d'une présence princière au milieu de ces tours.

 

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Puis elle a pris le chemin du Sud, pas topographiquement, elle va plutôt vers l'Ouest de la ville, mais culturellement, elle se décide à aller vivre la dolce vita, et les rues élégantes de Boston prennent un air de Napoli, les accents se font plus ronds, les "r" trainent un peu et ça sent l'ail à chaque devanture de portes (ce n'est pas métaphorique, ça sentait vraiment l'ail!). Benvenuto a Little Italy, une vraie petite Italie, pas la pâle copie de New-York, où on a accroché trois guirlandes verte-blanche-rouge au-dessus des rues pour amuser les touristes, mais où tous les restaurants sont tenus par des Hindous et des Chinois, il est loin le temps de Vito Corleone à Mulberry Street. A Boston, au contraire, c'est un vrai quartier italien, certaines rues portent même des noms italiens, des noms de mafieux surement! Les Italiens sont arrivés à Boston au XIXe siècle avec le marbre. Le marbre qui a servi à bâtir le nouveau State House, les Américains étaient incapables de le tailler eux-mêmes, ils ont donc fait appel à de la main d'oeuvre qualifiée.

 

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Little Italy correspond aussi au quartier le plus ancien de Boston où se trouve la maison la plus ancienne de Boston (ce n'est pas comme à Paris, il n'y en a qu'une de plus ancienne!), celle de Paul Revere, héros de la guerre d'indépendance, fils d'un huguenot français et cavalier émérite, qui en 1775, chevaucha toute la nuit pour prévenir de l'attaque de l'armée anglaise contre la garde nationale américaine à Lexington.

 

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Après avoir quittée la Botte, la ligne a poussé la porte des églises, où j'ai pu admirer les pews, les boxes attitrés où les notables prenaient place pour l'office. Une église en bois, ça fait quand même moins solennelle qu'en pierre et puis la moquette... on n'est pas dans une chambre à coucher! Mais ce sont bien sûr les plus anciennes églises des Etats-Unis! Ils ont une propension très marquée à préciser que TOUT est le TOUT le plus vieux des Etats-Unis, comme le plus vieux qu'ils aient remonte au XVIIe siècle, c'est assez facile de vérifier la véracité des faits.

 

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Elle est aussi entrée dans les cimetières aux stèles pluriséculaires. J'aime beaucoup les cimetières américains, au contraire de leurs églises, je les trouve beaucoup plus beaux, plus paisibles, moins tristes que nos cimetières, on les sent plus en adéquation avec la nature, il y a les arbres, l'herbe, pas de funestes caveaux pour nous rappeler que les corps sont là, on pourrait presque les penser ailleurs. Ce sont des endroits qui ne sentent pas la mort, étrangement.

 

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Et puis c'est toujours émouvant de voir les noms des gens, moi je les lis, je les prononce à voix basse, les noms de ces personnes qui a une autre époque, il y a longtemps, ont vécu, ont été.

 

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Et pour finir, elle quitte Boston, pour se rendre à Charlestown, où j'ai eu la mauvaise idée de suivre les indications du guide du routard. Sur le site de Bunker Hill, qui commémore une bataille de la guerre d'Indépendance, il y a un grand obélisque, dans lequel on peut monter et du haut duquel il y a une "vue spectaculaire". 294 marches dans un atroce escalier en colimaçon à double sens de circulation, sinon ce n'est pas drôle si tu n'as pas la sensation que tu vas tomber à chaque fois que quelqu'un te croise. Arrivée en haut, j'ai difficilement pu atteindre l'une des 4 fenêtres à cause de la masse humaine, des 4 minuscules fenêtres, constellées de fientes de pigeons, à travers lequelles on ne voyait pas grand chose!! Ce qui est spectaculaire ce n'est pas la vue ce sont mes courbatures après c'est deux fois 294 marches en moins de 5 minutes pour des prunes!!

 

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La construction du nouveau State House au début du XIXe siècle a permis la création d'un nouveau quartier sur les abords immédiats du bâtiment au dôme doré (qui a inspiré le Capitole), un quartier charmant, vraiment très charmant, dans lequel je me serai bien promenée des heures... En fait, je m'y suis promenée des heures, même s'il n'est pas très grand, Beacon Hill est un endroit enchanteur, on n'a même du mal à croire que des gens vivent là, c'est tellement parfait, bien entretenu, coquet, qu'on croirait ces rues, des décors de cinéma et ces maisons habitées par des poupées de cire.

 

 

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C'est un quartier d'un autre âge, mais c'est le quartier que, sans le connaître, j'associais mentalement à Boston, même si la ruelle avec les gros pavés sur lesquels il est difficile de marcher m'a fait sourire, tellement anachronique, même dans la vieille Europe on n'en trouve plus des comme ça, à part dans le Nord, vers Roubaix!

 

Au cours de cette première journée, j'ai suivi, très consciencieusement la ligne rouge, j'ai lu avec attention mon guide, j'ai été la parfaite touriste reconnaissable de loin, avec sa maison sur le dos et son appareil photo autour du cou. Souvent je suis lassée de cela, d'être une touriste, j'aime voyager bien évidemment, mais j'aimerai pouvoir m'affranchir de cette étiquette, j'aimerai me libérer du guide, en fait non, j'aimerai avoir un vrai guide, de chair et d'os, une personne du cru, qui connaisse la ville et qui me la fasse découvrir. Pour bien voyager, il faudrait mêler à ses yeux, les yeux des gens qui ont mille fois vu ces lieux, allier la surpise et l'émerveillement de la découverte à l'habitude et la sagesse du propriétaire sur ces terres. Sinon que retire-t-on de ces voyages? Que connait-on d'une ville en ne faisant qu'arpenter les rues, visiter les monuments et les musées? Ce sont les hommes qui font les villes, on s'intéresse à ceux du passé, mais il faut aussi se pencher sur ceux du présent.

C'est avec tout cela en tête, que j'avais décidé de faire du couchsurfing pour ce voyage. Le couchsurfing, c'est basiquement des personnes qui offrent gracieusement leur canapé aux voyageurs de passage. Mais plus idéalement ce serait une communauté de voyageurs qui souhaitent s'entraider les uns les autres partout dans le monde. Il y a un site Internet sur lequel il faut s'inscrire et ensuite partir en quête d'un divan pour la nuit, essayer en lisant les profils des gens de trouver quelqu'un avec qui avoir des points communs. Moi je cherchais réellement à trouver des gens pour m'éclairer sur leur ville, à connaître de nouvelles personnes, mais comme je suis nouvelle sur ce site, que je n'ai pas été cooptée, cela m'a été impossible de trouver des hôtes. A part à Boston, où Lauren m'a gentiment hébergé chez elle. J'étais ravie de pouvoir discuter (même si c'était en anglais) avec quelqu'un le soir en rentrant, j'aurai aimé me balader dans Boston avec elle, mais ça n'a pas été possible puisqu'elle avait du travail. C'était finalement un peu froid et étrange comme relation, je rentrai juste pour dormir, on ne dînait ni ne petit-déjeunions ensemble, pas de vraies interactions. Je suis un peu restée sur ma faim de découverte.

 

 

C'est seule que j'ai poursuivi ma route le lendemain...

 

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Hugo Billard 24/08/2011 10:06


J'aime bien l'idée de Hadj patriotique (je peux te reprendre l'expression?) et mazette qu'est-ce qu'elles sont bien tes photos!
J'ai vécu la même émotion que toi dans "ces cimetières qui ne sentent pas la mort" en Irlande: lande de bruyère, croix dispersées, comme si les morts retournaient sans difficulté non à la poussière
mais à leur état de nature.
Une sorte de religion naturelle par le paysage.
Bises d'outre-gulf stream.
Hugo


cecinestpasunblogsurmavieaucanada 24/08/2011 15:57



Je t'en pris Hugo, je te permets d'utiliser le fruit de mes intenses réflexions, bien sûr avec mention de mon copyright et d'une rétribution minime!!!


Je crois que c'est ça qui est touchant et beau dans ces cimetières, c'est la symbiose avec la nature.