L'attente de la baleine

Publié le par cecinestpasunblogsurmavieaucanada

Je somnole contre la vitre de la voiture, sans lunettes et sans lentilles, c'est un paysage aux contours flous qui défile devant moi. Des sapins et des bouleaux, encore et toujours, le St Laurent de nouveau, des falaises et des plages de galets encore et toujours, c'est un peu répétif il est vrai, mais je ne m'en lasse pas.

 

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Nous avons quitté la pointe de la Gaspésie cet après-midi, Gaspé et sa baie s'enfonçant si profondément dans les terres qu'on pourrait presque la prendre pour un fjord, et le parc du Forillon, langue de terre posée avec délicatesse sur les flots. On longe le Saint Laurent par la côte Nord en retournant vers l'Ouest. Ici, la route se change en montagnes-russes, elle part du haut des falaises pour descendre dans le creux des vallons où sont nichés de petits villages de pêcheurs, puis reprend de l'altitude, avant de recommencer son manège sur des dizaines de kilomètres. Une question me tourmente, comment font ces gens en hiver? Tout comme, comment font les Montréalais avec tous leurs escaliers extérieurs, souvent bien raides, qui mènent aux appartements? Je le saurai bien assez tôt! Pour le moment, l'hiver est encore loin, même s'il se rapproche tous les jours un peu plus. La route vient ensuite se lover entre le fleuve et la falaise, offrant une vue spectaculaire au soleil couchant. Les nuages constellent encore le ciel, les derniers rayons s'insinuent à travers de rares trouées. Nous avons déjà dépassé la moitié de notre voyage en Gaspésie, à l'inverse du courant, le St Laurent nous ramène lentement vers Montréal.

 

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La Gaspésie ou la certitude de la pluie, la Gaspésie pays des lève-tôt. Dès 11h, le ciel se voile, c'est donc le matin qu'il faut partir explorer les chemins de randonnée. Au Parc du Forillon, nous avons su retenir cette leçon. Forillon, encore un drôle de nom! Une transformation d'un mot portugais, farilhom, lui-même emprunté à l'italien faraglioni, qui signifie rocher ou écueil dans la mer. Le parc où un voleur unijambiste ou un raton-laveur fétichiste m'a volé une tong! Je penche plus pour le fétichiste, qui a cru qu'il pourrait manger mes lanières en cuir. Mais c'était du faux cuir, banane!!!

 

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Nous étions partis tôt à l'ascension du Mont St Alban, mais pas assez tôt, car la pluie nous aura rattrappé en cours de route, et ne nous aura pas lâché jusqu'à la nuit tombée, nous contraignant à l'immobilité, nous qui révions de grands espaces! Mais la vue du haut de la tour d'observation (maudites tours d'observation!!), surplombant la canopée, était époustoufflante. Le temps encore à peu près clair, nous a même permis de voir jusqu'à Percé et de distinguer le rocher et l'île Bonaventure. Et puis le bleu, l'immensité simple et pure, qu'on peut admirer sans jamais se lasser. La langue de terre qui vient jouer les équilibristes entre les eaux de l'Océan et celles du fleuve.

 

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La fin de notre matinée de rando, se fait sous la pluie, pour le déjeuner, un refuge nous permet de manger au sec et de penser à ce qu'on peut faire en Gaspésie lorsqu'il pleut!! La question mérite d'être posée et s'est avérée un vrai casse-tête. Qu'est-ce qu'on fait lorsqu'on est dans un parc régional au bout d'une région assez peu peuplée du Québec et qu'il pleut?

 

 

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1) Se diriger vers la ville la plus proche, en l'occurence Gaspé, la "capitale" de la Gaspésie. Deux offres culturelles possibles à Gaspé: le musée de la culture Mic-Mac et le musée de la Gaspésie. Le premier est un éco-musée, à 85% extérieur, bad idea! Donc, musée de la Gaspésie. Très joli batiment tout neuf, 7$ l'entrée, ces deux éléments nous laissent présager une découverte intéressante.

Petite exposition temporaire de photo en entrée,  d'un gaspésien du cru, fan de nature (forcément si tu aimes photographier les buildings, la Gaspésie n'est pas la destination idéale!). Alors comment dire, sans être trop blessante, que je n'avais jamais vu photographies aussi plates et sans intérêts, sans regard particulier, sans bon usage des couleurs, de la lumière et des formes, accrochées aux murs d'un musée.

Ensuite, il y a l'exposition permanente sur l'histoire de la Gaspésie, une petite salle, avec une quizaine de vitrines qui retracent la vie des gens dans les différentes régions de la Gaspésie depuis l'arrivée de Cartier. Il y avait quelque chose de touchant, à voir des objets usuels de la vie mis en vitrine, la volonté de créer de l'histoire, de l'ancien, du passé, un effort de conservation du patrimoine, même si le plus grand patrimoine ici,  est naturel plus qu'humain.  La visite de ce petit musée, nous aura pris 1h, en trainant un peu. Il est 15h45, un peu tôt pour souper, même en Gaspésie!

2) Chercher à aller au cinéma, au bowling (oups, pardon à la salle de quilles) ou dans un bar où on pourra jouer aux cartes. On questionne le jeune homme à l'accueil du musée, un peu interloqué, que l'on veuille sortir à Gaspé. Le cinéma? Il n'ouvre qu'à 19h. Le bowling? Il est fermé pendant les vacances. Les bars? Ils ne sont pas encore ouverts!! Bien, bien, bien!

3) Visite culturelle au Prodigo! Prodigo est une enseigne de supermarché! On y a passé presque plus de temps qu'au musée!!

4) Faire la lessive, faire surtout un petit tour de sécheuse, car les serviettes ont du mal à sécher.

5) Aller dans une des salles communes du camping du parc, mitoyenne de la buanderie! Ah oui, petit soucis, la salle commune ferme à 18h30. Il est 18h quand on y arrive.

Finalement, c'est dans la buanderie qu'on a passé la fin de journée, au chaud, à discuter avec d'autres naufragés.

 

Le soir venu, pour se remonter le moral, nous abondonnons notre campement de fortune, le réchaud et les pâtes trop cuites, pour un petit resto du coin. Notre idée, c'est de manger du homard!! Mais le restaurant où nous nous arrêtons n'en a plus, et puis, la surpêche du homard, pour contenter les touristes avides, a de sérieuses répercussions sur les effectifs de homards dans cette zone. Alors, bon, pas de homard, si c'est bon pour leur préservation, on va dépeupler une autre espèce: le crabe des neiges!

 

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Quel délice ce fut!! Délicate chair, parfumée en diable!!! Finalement, la journée ne finit pas si mal.

 

Le lendemain, réveil aux aurores, 6h, départ à 7h45, en place au début du chemin à 8h tapante! Il ne sera pas dit, qu'aujourd'hui on se prendra encore une fois la pluie sur le museau!!! Le soleil est au rendez-vous, nous sommes seuls pour nous rendre au Cap Gaspé, seuls pour profiter du ciel bleu, de la mer calme et lisse, du silence et de la quiétude des lieux.

 

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Le St Laurent, d'avril à octobre, est le royaume des baleines. Depuis les hauteurs du Cap Gaspé, les yeux rivés sur l'horizon, on scrute chaque vague, à la recherche d'un souffle qui indiquerait qu'un cétacé va remonter à la surface. Alors, on attend, on regarde, on espère, on prend les mouettes pour des rorquals, les cormorans pour des cachalots et les eiders pour des orques. On voudrait tellement la voir, ça parait surréaliste de se dire, que là, à cet instant précis, des baleines nagent dans les eaux devant nous, que peut-être.. si seulement... on pourrait en voir une. S'il y a bien un animal mythique, sublime et majestueux c'est celui-ci.  Que fait-elle, cette grande passagère des mers? à quoi joue-t-elle? où se cache-t-elle? Nous sommes comme Achab sur son bateau, attendant la grande baleine blanche, mais nous, nous ne lui voulons que du bien, nous sommes pétris de doute et aussi d'espoir.

Et puis, on aperçoit un souffle, une queue, un dos, et c'est déjà fini. Si bref, si loin, si minuscule ce géant.

Il fut un temps, où elles arrivaient par milliers dans le fleuve, tellement nombreuses qu'on n'avait pas besoin de les chercher pour les trouver, sans doute ce qui a causé leur perte. Aujourd'hui, il est encore aisé d'en voir à certains endroits, manes financières de tout temps, pour leur viande, leur graisse, leur fanons à une époque, maintenant, elles sont un attrait touristique, on veut les voir plonger, sauter, danser sur l'eau, comme au Marineland!!

Voir une baleine devrait rester un moment magique et unique, rare et puissant, il ne faut pas s'habituer à ça, jamais, il faut s'émerveiller, toujours, de les voir passer au loin et s'émerveiller aussi de ne pas les voir, mais de les savoir libres et toujours vivantes, alors qu'elles auraient pu disparaître. Et qu'elles ne sont pas tout à fait hors de danger.

Je ne sais pas si je peux considérer avoir vu une baleine, elle était tellement loin, mais qu'importe, j'ai aimé l'attente et l'euphorie que ça procure.

 

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Je scrute toujours le St Laurent, à la recherche d'un dos, d'un souffle, à travers la vitre de la voiture, je ne comprend pas qu'on puisse vouloir tuer de tels animaux, cela m'échappe, c'est vouloir tuer le symbole de la liberté! Le temps aussi m'échappe, nous sommes déjà arrivé à notre destination du soir, Ste Anne des Monts. Ce soir, on dort au sec, avec en prime, jacuzzi sous les étoiles au bord du St Laurent et une Tequila Sunrise au bar paillotte! J'ai adoré cette auberge de jeunesse! Pour ceux, qui passeraient par la Gaspésie, arrêtez-vous au Sea Shack!

 

 

 

 


Supplément:

gaspesie 0410Je m'insurge! Nous n'en avons pas vu!!

J'aime bien le "ne pas nourrir". C'est bien de le rappeler à ceux qui comme moi on était élevé

avec Winnie l'Ourson!

S'il n'est pas jaune et suivi par un tigre à ressort, à lapin à carotte, un porcinet à doudou et un poney à cabane sur le dos, il ne faut pas l'approcher!

Quand va-t-on comprendre la dangerosité de Winnie l'Ourson pour les êtres candides!

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