Instantanés

Publié le par cecinestpasunblogsurmavieaucanada

Deux mois se sont écoulés sans que je prenne le temps de venir ici déposer quelques lignes ou clichés. Des clichés, je n'en ai pas fait, embarquée dans le train-train quotidien, je n'ai pas réussi pendant ces dernières semaines à m'en extirper pour poser mon oeil sur ce qui m'entourait. Pas de voyage non plus pour m'offrir un peu d'air, de couleurs et d'ailleurs (mais patience ça arrive!). Et puis les mots, je n'arrivais pas à les trouver,  n'arrivais pas à les vouloir,   n'arrivais pas à savoir ce que j'aurai pu leur faire dire, rien ne suscitait mon envie, ne méritait d'être écrit.

J'aurai écris sur quoi? Ma toux du matin qui me donne des airs démodés de tuberculeuse et qui ferait passer les fumeurs invétérés de Gitanes pour des biens portant. Sur les moutaches frémissantes de mon médecin tentant de m'expliquer qu'il ne me prend pas pour une hypocondrique mais que tout de même, il ne me prend pas trop au sérieux. Sur le calcul d'espace rédactionnel et la conversion en équivalent publicitaire. Sur la voix éraillée de Matt Berninger le chanteur de The National que j'écoute pour faire passer les 7 heures réglementaires à faire quelque chose qui ne m'intéresse puisque cela n'a strictement aucun intérêt. Sur ma fatigue chronique, corrollaire du manque d'intérêt de mes journées et du teint bleuté que prennent mes cernes un peu plus chaque jour. 

J'ai préféré attendre d'avoir un vrai sujet d'écriture. Chez moi, l'écriture étant liée au mouvement, il fallait attendre le temps de la migration. Telle une vache montant à l'alpage, moi aussi l'été (à 15°C laissez-moi rire!) je pars chercher des herbages plus verts. Cette année, je suis allée les trouver moins loin, ils n'auront pas la douce langueur des bords du St Laurent, mais la grouillante vie de Belleville.

On pourrait faire un roman d'aventure de mon installation passage Gauthier. Sans requin, crocodiles, mygales ou chercheurs d'or mais avec une arrivée sous la pluie, des moutons sous le lit, un frigo qui fuit noir et qui fait mal au dos, une porte qui se coince, des serruriers verreux, une sous-locataire un peu blonde sur les bords et une saloperie de grille qui couine sous ma fenêtre! Tout ça pour arriver au sujet de ce post, 15 jours ici. Je vais finir ma bouteille de Côte de Beaune pour célébrer cela.

Je m'aperçois aujourd'hui, à quel point il est parfois difficile de se faire à un endroit, surtout quand comme moi on a toujours vécu dans le même lieu. Un lieu qui devient forcément une part de votre identité. Bon, si je n'avais pas fait ma Tanguy, je serai partie depuis longtemps et mon identité aurait eu le temps de se créer sans problème ailleurs! Quand on dit "la maison", chacun a une image en tête et cette image n'est pas forcément l'endroit où l'on vit présentement, mais c'est souvent celle du lieu où l'on s'est senti le mieux. Cela peut avoir été court ou avoir duré toute une vie, mais la maison ça reste l'endroit où l'on est bien! Pour le moment, je ne peux pas appeler le passage Gauthier "la maison", je l'appelle "la pièce" ce qui finalement correspond le mieux à ce que c'est! J'aurai aussi pu dire la cellule, le placard à balai, la cabine de plage, l'isoloir ou la sanisette!!!

Je suis très injuste, j'ai quand même 20m², c'est gigantesque. Je peux sans problème, après avoir replié le canapé-lit et poussée contre le mur la table basse, en ayant pris soin au préalable d'avoir poussée contre la porte de la salle de bain l'autre table m'allonger par terre et étendre les bras et les jambes pour faire l'étoile! Ce qui n'a aucun intérêt mais je peux le faire! Donc c'est que ce n'est pas si petit! Ah il faut aussi que je replie la chaise pliante et que je mette la chaise de bureau devant la porte d'entrée! Y'aurait moins de meuble ça paraitrait plus grand!! 

Je suis injuste et un peu amère, car je pense à ce que j'avais à Montréal pour le même prix, une chambre, une cuisine (et elle était grande quand même pour pouvoir y caser les énormes gazinières québécoise, mais pas assez pour pouvoir y mettre les énormes laveuses et sécheuses d'usage!), une pièce salon avec des plantes, une autre chambre, une salle de bain (qui pour le coup était beaucoup plus petite que celle que j'ai là qui n'est déjà pas bien grande!), un balcon-terrasse avec des plantes, des arbres dans la petite ruelle derrière avec des écureuils dedans (bon ça je m'en passe très bien!) et tout ça dans un quartier super sympa! 

Sur le coup, cette sous-location satisfaisait la flemarde que je suis, je n'avais pas à chercher, faire des dossiers, me faire recaler pour l'obtention d'une autre de ces magnifiques pièces dans Paris. Mais je pense qu'il aurait mieux valu que je parte dès le début à la recherche de ma pièce propre (au sens littéral comme au figuré!) où j'aurai pu construire un début de "maison". Ici, je vais apprendre à m'habituer et puis quand cela sera fait, il faudra repartir, et se réhabituer à un autre endroit! Enfin, ce n'est pas dit que je m'habitue tout de suite, si ça se trouve je n'arriverai jamais à m'habituer à cet endroit.

Pour essayer, j'ai fait des photos de ma pièce aujourd'hui, comme le temps est maussade et insipide cela ne sert à rien de faire de la photo en extérieur. Alors voilà quelques instantanés de mon intérieur, de ces choses de moi que j'ai amené et qui vont m'aider à construire une habitude ici!

 

19e-0020.JPG

L'ombre et la lumière apaisante d'une lanterne, pour ne perdre son chemin!!

19e-0023.JPG

Ici, c'est lecture obligatoire! La télé ne fonctionne pas!!

19e-0036.JPG

 

19e-0042.JPG

 

Conseil lecture au passage: pour ceux qui veulent de la belle écriture et qui n'ont pas peur de la rudesse d'une misère sans fond, alors il faut lire Requiem des Innocents de Louis Calaferte.

 

19e-0047.JPG

Avant de faire de la photo, il faut en regarder!

 

19e-0049.JPG

Je garde aussi avec moi des morceaux de cet autre endroit que j'aurai presque pu appeler "maison" si j'y étais restée plus longtemps.

 

19e-0054.JPG

Le souvenir de mon week-end à Londres fumant sur le bureau près de l'ordinateur, le chapeau-routard au repos devant la fenêtre, tous les élèments sont réunis pour une séance d'écriture.

 

19e-0080.JPG

Thé vert, casque sur les oreilles, bonne musique! Parfait!!

 



Commenter cet article