Il pleut, il pleut bergère

Publié le par cecinestpasunblogsurmavieaucanada

" 1 kilomètre à peid, ça u-se, ça u-se, 1 kilomètre à pied ça u-se les souliers"

Chanter, même faux, même mal, mais chanter, pour que ma voix résonne et que la montagne semble moins desserte, pour faire passer les 3,5 km, qu'il me reste à parcourir sous la pluie, pour une douce ballade à la campagne un dimanche ensoleillé.

 

La montagne sous l'orage, c'est quelque chose qu'on aimerait ne jamais avoir à endurer, mais le temps a changé si vite au fil de la journée, qu'il était difficile de prévoir ce déluge. Le soleil matinal nous avait encore menti!!

On était parti tard de Ste Anne des Monts pour le parc de la Gaspésie c'est sûr, mais avec un grand soleil et le moment fatidique des 11h était passé et le soleil était toujours présent. Et sur les conseils avisés de 3 voyageurs croisés à l'auberge de jeunesse, nous avions décidé de faire l'ascension de mont Xalibu (1140m).

 

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Le Parc de la Gaspésie est immense, autant dire qu'on n'en fait pas le tour à pied et qu'en voiture, il faut 3 bonnes heures pour aller d'un bord à l'autre. Jusqu'alors, nous n'avions fréquenté que de "petits" parcs, avec de belles routes goudronnées,  pour mener plus aisément les touristes d'un départ de rando à l'autre. Le Parc de la Gaspésie est traversé par une grande route, mais ensuite ce ne sont que des pistes en gravier.

 

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Il ressemble déjà plus à l'image qu'on se fait d'un parc national nord-américain, style Banff ou Yellow Stone, même si ses proportions sont quand même moindres. Les paysages y sont magnifiques, d'une grande pureté, c'est la terre des origines, libérée de la présence humaine. Et puis c'est le seul endroit au Québec, où l'on peut admirer des caribous!

 

"2 km à pied, ça u-se, ça u-se. 2 km à pied ça u-se les souliers"

La pluie n'est pas trop forte pour le moment, j'ai un bon rythme de descente, même si la peur de tomber ne me lâche pas, je suis seule, ça serait vraiment la tuile. Je hâte mon pas autant que possible, tout en faisant attention de garder les pieds au sec, je me couvre un peu avec mon kway, je n'ai vraiment pas envie d'attraper une pneumonie.

 

L'ascension du mont Xalibu  avait commencé tranquillement sur de beaux et larges chemins, des chemins qui permettent aux familles nombreuses avec enfants en bas âge d'accéder au lac aux Américains. Je préviens tout de suite, qu'il y aura une grande thématique "lac" dans les articles sur le parc de la Gaspésie! Ah lac canadien quand tu nous tiens!

Donc, ceux qui ne supportent pas les eaux claires, translucides dans lesquelles se reflètent les nuages et la cime des arbres, s'abstenir.

 

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La suite de la montée se fait par des chemins escarpés, casse-cheville au possible, parfois c'est presque plus de l'escalade que de la marche. Par beau temps, c'est plutôt agréable, il faut juste bien regarder où on met les pieds, surtout quand on a les miens! En cours de route, on a pu observer l'orage arrivé de l'autre côté du parc, mais on ne s'est pas dit qu'on pouvait nous aussi se le prendre sur la tête. Je ne sais pas pourquoi on ne s'est pas fait cette réflexion "dis donc un orage sur une montagne, c'est pas terrible comme idée, non? Si on redescendait plutôt!". Non, ça ne nous a pas traversé l'esprit, et on a continué. On a continué sous quelques gouttes, mais vraiment pas assez pour rafraichir notre ardeur et notre volonté d'acier de voir les crêtes du mont Xalibu, que les trois olibrius de l'auberge nous avait vendu à grands renforts de "c'est trop, trop beau!!"

 

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Et en effet, c'est très beau,  mais, au risque de passer pour une rabat-joie, on apprécie quand même un peu moins la vue quand le Godzilla du cumulonimbus te regarde de travers!

Plus nous approchions du sommet et plus nous croisions de gens qui en redescendaient, sagement, certains ne faisaient que susciter encore plus notre envie d'arriver, en nous affirmant qu'ils avaient vu des caribous! Mot magique à nos oreilles, que ne ferions-nous pas pour en voir un!! Je pense que ces gens-là (comme le chantait si bien Jacques Brel) sont embauchés par les parcs pour se poster sur les chemins et dire avec un grand sourire de ravissement "on vient juste de voir un caribou" ou bien "vous n'avez pas vu l'orignal juste là-bas?"! Et bah non, je ne l'ai pas vu ton orignal!!!!!

Tout ça pour ne pas que tu rebrousses chemin, pour ne pas que tu penses que c'est du vol les 5$ d'entrée parce que t'as pas vu de grosses bêtes, donc ils te font à croire (expression québécoise!).

Mais d'autres randonneurs nous ont aussi gentillement conseillé de ne pas rester en haut de la grande montagne pendant le grand orage!

Finalement, l'orage nous fait encore une grâce, celle de pouvoir déjeuner sans être mouillé, les nuages tournent tout autour de nous, mais pas de déluge, si ce n'est celui des moucherons!

 

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Ce n'est pas une de mes photos, mais celle de Rémi

Indubitablement, mon meilleur profil!

 

Voilà où la Gaspésie diffère de la Bretagne! En Bretagne, pas de monts, pas de sapins, pas de paysages de toundra, où le minéral l'emporte sur tout le reste, où les lichens apportent une petite touche de vert, un vert étrange, entre bouteille et sapin.

 

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Sur le chemin, des monticules de pierre, sont là pour nous indiquer le chemin en cas de brume, même sans brume d'ailleurs. Je dis "chemin", mais c'est un bien grand mot, pour désigner l'espace qui se trouve entre deux monticules, placés alternativement à gauche ou à droite, tous les 20 m à peu près. Je n'ai pu m'empêcher de penser à Tintin au Tibet en voyant ces pyramidions, et aux stupas bouddhistes à la gauche desquels il faut passer si on ne veut pas s'attirer le mauvais oeil! On avait du se tromper de sens pour ceux-là, à coup sûr!

 

"Dans la troupe, y'a pas de jambe de bois, y'a des nouilles, mais ça ne se voit pas! La meilleure façon de marcher, c'est encore la nôtre, c'est de mettre un pied devant l'autre et de recommencer."

Après être arrivée à 58 km à pied, j'ai changé de chansons! En entrant dans la forêt, l'orage donne toute sa puissance, tout s'assombrit, la pluie redouble, des gouttes innondent mes lunettes, je n'y vois plus rien (Guy Lux!). Je suis trempée, non trempée je connaissais déjà, là, on est au-delà de la notion que définit le mot "trempé"! Mon jean est saturé d'eau, mon chapeau pèse une tonne sur ma tête, mon pseudo kway est plus mouillé qu'une soupe, mes chaussures font "floc-floc" et je prie pour que mon sac à dos résiste le plus longtemps possible car mon appareil photo est dedans! Maintenant, je ne prends plus de précaution pour ne pas mouiller mes pieds, je saute alégrement dans toutes les flaques, je vais au plus court, encore 2km, peut-être moins, mais pas plus, pitié!

 

Ah quel spectacle, quand enfin, on arrive en haut! Bien sûr que s'il avait fait beau, on serait rester plus longtemps, on aurait pique-niqué là-haut, on aurait attendu les caribous! On est éventé à souhait, les pierres glissent, je tombe une fois, je manque à plusieurs autres reprises. Mais, que ce ciel est impressionnant, au diapason du décor: heurté, violent et calme à la fois, ils sont le début et la fin de toutes choses, l'infini. Longtemps, longtemps après nous, ils seront toujours là: les montagnes et le ciel en tête-à-tête.

 

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gaspesie 0576C'est le Lac des Américains, celui qui est en photo plus haut!

 

Pour parachever notre ascension, on va jusqu'au haut du haut, jusqu'au dernier tas de pierre, un petit paravent de fortune, derrière lequel je m'assois quelques instants, juste pour regarder tout ça, pour vivre cet instant étrange: regarder le ballet des nuages et de la brume, regarder ce champ de pierre, nous sommes seuls à voir cet instant!

 

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Et puis le rideau tombe, c'est comme essayer d'échapper à une avalanche, impossible de ne pas être pris dans la brume quand elle vous arrive dessus. Je me presse, je n'aime pas l'idée de rester aussi exposé alors que l'orage est vraiment au-dessus de nous, je n'attends pas les autres, ils suivront bien. Mais assez vite, je les ai distancé, je ne les vois qu'au loin, encore sur les flancs du mont, je n'attends pas, je pense encore avoir le temps d'arriver en bas, en tout cas à mi-chemin avant de prendre la douche!

 

Lorsque je me sens totalement isolée, je commence à passer en revue toutes les chansons pour la marche que j'ai apprise enfant, les chansons que l'on entonnait sur les pistes de ski au chalet de la Bourre, quand la piste verte n'en finissait pas de monter!!

Bien vite, je rattrape les gens qu'on avait vu redescendre lorsque nous montions, j'ai vraiment du mettre le turbo, où alors ils traînassent. Je suis plus liquide que solide, mais je n'ai pas froid, en tout cas, pas encore, c'est pour ça que je continue de marcher vite, et puis aussi parce que je me suis cognée la cheville et que je sens qu'elle va me lancer douloureusement si je m'arrête. Mais je ne reconnais rien, tous les arbres sont les mêmes, les pierres se ressemblent comme des gouttes d'eau, je n'arrive pas à appréhender les distances, à me repérer par rapport à mes souvenirs de la montée. Que les minutes sont longues, mais enfin, le terrain change, la pente s'adoucit, les pierres laissent leur place au sable, j'aperçois le refuge, délivrance!

 

J'attendrai mes compagnons, 30 minutes, ils avaient, eux, décidé d'essayer de se mettre à l'abri sous les arbres! A peine, étions-nous arrivé à la voiture, que la pluie avait cessé! Elle joue vraiment avec nos nerfs.

 

Nous sommes tellement fatigués, lessivés, c'est le cas de le dire, qu'aucun de nous, n'a le courage de monter la tente le soir-même. Nous allons dormir dans un refuge, avec un poêle ronronnant auprès duquel faire sécher nos chaussures, manteaux, chapeaux...

 

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Ce soir-là, après avoir tiré les courtines (j'avais toujours voulu faire une phrase comme celle-ci, ça fait tellement XVIIe!!), je n'ai pas eu besoin de compter les moutons pour m'endormir, j'avais compté assez de kilométres, de souliers, de nouilles et de jambes de bois dans la journée!


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