I love Chi-Town

Publié le par cecinestpasunblogsurmavieaucanada

Au petit matin, le train est à l'arrêt, les moteurs en sourdine, mes envies d'Orient Express, auraient-elles poussé un groupe de passagers à tuer un nouveau Ratchett, odieuse et antipathétique victime du roman d'agatha Christie? Ce n'est pourtant pas la neige qui nous emprisonne sur ces rails, le plus franc des soleils brille et les champs de maïs s'étendent à perte de vue. Sans bien tout saisir, je comprends qu'on ne peut aller plus en avant vers Chicago et qu'il nous faut faire demi-tour, afin de rejoindre une ville du nom de Toledo et que de là, nous prendrons des bus jusqu'à Chicago!!

Encore plus lentement, toujours plus lentement, le train s'achemine à reculons à travers l'Ohio, et me laisse le temps d'apprécier ce décor de Midwest tout droit sorti d'un livre de Steinbeck, d'appréhender les Etats-Unis aussi dans leur ruralité, dans les vides, saisissant contraste dans mon périple urbain, d'admirer cet immense grenier à grain qu'est le centre du pays.

 

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Il est 15h lorsque le bus nous dépose devant la gare de Chicago, 15h, ce qui fait un retard de sept toutes petites heures. Il m’aura donc fallu quasiment 24h pour parcourir moins de 1000 km, cela a considérablement fait baisser mon enthousiasme à prendre d’autres trains en Amérique du Nord !

Avec Chicago, on reprend de l’altitude, les lignes s’élèvent vers les cieux, les rues sont plus sombres, plus étroites, moins aérées (même si le surnom de Chicago est « Windy Town », la ville venteuse !), une ville américaine comme je les aime, qui a dans son allure quelque chose d’altier et de faubourien, bien loin des larges et basses avenues de Washington.

 

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C’est la ville que j’avais le plus envie de voir, c’est la raison qui m'a fait prolonger mon voyage, à l'origine il s'arrêtait à Washington, c'est pourquoi j’ai enduré les 24h de transport, de dormir à demi-couchée sur un siège inclinable, pourquoi j’ai supporté les pies jaseuses anglaises, russes et japonaises qui occupaient le même dortoir à l’auberge de jeunesse. Chicago c’est d’abord Tintin en Amérique, la première image d’une ville américaine à s’être imposée dans mon imaginaire, avec ses longues avenues, ses hauts buildings et sa pénombre. Et puis c’est aussi Urgences, des années à suivre les histoires des Dr Ross, Carter, Green et compagnie, à les voir prendre le « L », le métro aérien, marcher le long du lac Michigan en hiver, ça familiarise avec les lieux. Même si la série dans son ensemble état filmée à Los Angeles, les scènes d’extérieur se passaient bien à Chicago.

 

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Qaund on dit "Chicago" on entend imméditament Al Capone, Elliot Ness, Les Incorruptibles, la prohibition, la main-mise de la mafia italienne, la corruption, la violence mais aussi le blues, le jazz, les Bulls, Michael Jordan, la Chicago River teintée de vert pour la St Patrick, l’école de Chicago qui révolutionna la sociologie et puis un jeune sénateur qui devient le premier président des Etats-Unis métis. Je n’ai pas été déçue par Chicago, pas une seule seconde et j’aurai aimé rester plus longtemps, ne pas repartir même, moi, l’amoureuse inconditionnelle de NY, je lui deviens infidèle, et avec quel plaisir !

 

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J’ai aimé que Chicago ne renie pas son passé, cette boue qui lui colle aux semelles, elle s’enorgueillit même d’avoir pendant des décennies était considérée comme la ville la plus dangereuse du monde. L’atmosphère interlope, louche, crasseuse des années d’entre-deux-guerres a donné aux rues, à l’asphalte, aux murs un charme sulfureux. Une beauté vénéneuse que sont venus sublimer de talentueux architectes et artistes ces dernières années faisant de Chicago la renégate, une métropole d’avant-garde, belle et élégante. Elle est comme les mafieux repentis qu’elle n’a sans doute pas manqué d’abriter, sous des dehors de respectabilité se cache toujours une âme gouailleuse, bagarreuse et un Beretta à la ceinture !

 

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Je n’avais que quelques images en tête de la ville en arrivant, je ne connaissais pas du tout sa topographie, son étendue, je ne savais même pas à quoi ressemblait la tour Sears. Chicago est une ville très étendue, mais le quartier le plus intéressant, celui qui vaut la peine de se déplacer, le Loop, est circonscrit par les rails du métro aérien, par cette boucle d’acier que des spéculateurs voulaient faire raser pour augmenter le prix des immeubles qui la bordent.

 

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Le Loop se situe donc au bord du lac, au nord de la Chicago River, sur environ 10 blocs vers le sud et autant vers l’ouest. Il y a ensuite au Nord du Loop, le Millenium Park, le Grant Park, ainsi que le musée des Beaux-Arts d’intéressant à voir. Et au Sud du Loop, de l’autre côté de la Chicago River, Magnificent Mile, le quartier chic et cher de Chi-Town. Donc, tout se fait à pied, pour le plus grand plaisir de mes yeux, un peu moins pour celui de mes pieds.

 

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Un ami américain m'a dit que Chicago est la plus belle ville américaine, et il a ajouté New-York est hors compétition, car NY est trop cosmopolite, elle appartient au monde entier. Je suis tout à fait d'accord avec ces deux assertions: NY n'est pas américaine et Chicago est sans doute l'une des plus belles villes américaines (il faudra que j'aille vérifier cela de plus près!).

 

La skyline (la ligne d'horizon) de Chicago est très impressionnante, lorsqu'on a la chance de l'observer depuis le lac à l'heure où le soleil décline dans le ciel, surtout s'il se met à jouer avec les nuages, offrant de magnifiques rayons transversaux qui viennent lécher le haut des immeubles, on n'observe plus une ville, mais une esquisse tracée à l'encre de Chine.


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Quand on détourne les yeux quelques instants de ce spectacle de verre et d'acier, pour regarder vers l'Est, c'est l'eau qui s'impose, ce n'est pas un lac, mais une mer intérieure. Du haut de la tour Willis (ex-Sears), on peut hypothétiquement voir sur 4 états, on peut voir jusqu'en Ohio de l'autre côté du lac Michigan. Le temps était clair quand j'y suis montée, et  je n'ai pas vu plus loin que le bleu.

 

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Il y a à Chicago, une anomalie géographique, une anomalie construite par l'homme, une rivière qui coule à l'envers, qui va d'aval en amont! Au XIXe siècle, la Chicago River était un vrai bouillon de culture, dans lequel toute la ville déversait ses saletés, saletés qui allaient ensuite polluer le lac Michigan, où était puissé l'eau potable. Pour éviter la propagation des maladies, la municipalité a donc, tout naturellement, décidé de changer le cours de la rivière. Ainsi aujourd'hui la Chicago River coule vers le Mississippi, et il y a une écluse entre le lac et la rivière. Au-delà de cette histoire assez révélatrice de la puissance de décision des Chicagoans, les abords de la Chicago River au-milieu des tours du Loop est sans conteste l'endroit qui m'aura le plus charmé. Les perspectives y sont sublimées par la présence de la rivière, qui par ses méandres vient casser l'uniformité rectiligne du reste de la ville, et crée une vague, un arrondi, un petit coin de Venise (ou de Crécy-la-Chapelle, car comme tout le monde le sait Crécy est "la petite Venise briarde"!!), donne à voir les buildings dans toute leur grandeur, de pied en cap, sans avoir à lever les yeux, juste à porter le regard face à soi.

 

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Etourdie, je crois que c'est le mot le plus juste pour me décrire à la fin de ma première après-midi à Chicago. Etourdie, car pas tout à fait remise du voyage ferroviairo-routier et surtout étourdie par la ville, par l'atmosphère, par l'architecture... Autant, il est facile de décrire ce que l'on voit, autant il est mal aisé de trouver les mots pour parler de ce que l'on ressent, et ce soir (il est 22h36 et je suis à Tadoussac), ils me manquent un peu pour dire à quel point Chicago est une ville extraordinaire. J'aimerai mieux exprimer le bruit et le silence des rues, le brouhaha de la circulation, mêlé aux bruits métalliques et stridents du "L", mais tout cela assourdi par la hauteur des immeubles, par leur silence de cathédrale. Je voudrai vous expliquer la lumière dans les rues, l'orange de l'éclairage publique, de jour aussi bien que de nuit, qui vient parer à la quasi absence du soleil, qui ne peut entrer dans une forêt si dense. Le Loop c'est une forêt et une église à la fois et la Chicago River, un puit de lumière où le soleil, comme pour se venger de ne pouvoir passer dans les rues, vient cogner contre les vitres des immeubles. Etourdie, oui, étourdie, et je suis encore en regardant les photos, en repensant à ces trois jours, joyeusement étourdie...

 



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Alice 04/09/2011 23:52


Quel digne hommage à la Venise Briarde !! La Créçoise que je suis ne peux que le saluer ! :)
En tout cas, merci ma Lolo pour ce très bel article qui donne bien à voir cette superbe ville. Tu le sais sans doute, Chicago fait partie de ces villes de je rêve de (re)voir (le peu de souvenirs
que je peux garder de ce que j'avais vu à 7 ans commencent à s'estomper de plus en plus !). Tout comme toi, j'ai certaines images, certaines impressions de la ville avant même de l'avoir vue
(Urgences...!). Elle représente pour moi une des villes US par excellence. Donc merci pour ce petit topo, et je ne parle même pas des photos, superbes au passage. Tu avais l'air inspirée ! Et ta
description de skyline à l'encre de chine était tout à fait bien choisie !


cecinestpasunblogsurmavieaucanada 05/09/2011 05:16



Oh ma Lilou, il faut absolument que tu retournes à Chicago pour te rafraichir la mémoire et t'assurer que tu es amoureuse de cette ville, comme tu l'es de NY! Demain je finis l'autre article sur
Chicago, j'ai encore pas mal de photos. C'est le genre d'endroit qui inspire je pense, il y a tellement de vie dans ces pierres, tellement d'histoire dans les rues, et de magie dans les
alignements des buildings!! Pourtant je n'avais rien bu en écrivant, I swear!!



Hugo Billard 02/09/2011 11:50


Je me souviens d'un lendemain de Noël, un froid sec et sans vent, aux pieds du Loop, assis face au lac, et la mélodie nostalgique d'un saxophone.
Je suis d'accord avec toi. C'est la plus américaine des villes.
Bises
Hugo