Eloge de la lenteur

Publié le par cecinestpasunblogsurmavieaucanada

Encore un changement de ville qui se fait sous la pluie, si cela doit symboliser ma tristesse de laisser derrière moi Washington, c'est râté! En effet, je ne suis pas mécontente de m'en éloigner, j'ai apprécié d'y être passée, mais je ne crois que j'y reviendrai, en tout cas je n'en ai pas le désir pour le moment.

Et je ne suis pas mécontente de m'en éloigner en train. Il y a des trains que je rêve de prendre, des trains mythiques, en tout cas des trains qui excitent mon imaginaire (ça c'est d'avoir trop regarder Des Trains pas comme les autres sur France 5!!). Il y a l'Orient Express bien sûr, pour y suivre le sillage d'Hercule Poirot, pour tous les accents d'exotisme que laissent entrevoir la sonorité de son nom, on entendrait presque le muezzin appeler à la prière. Pour avoir été subjuguée par le brillant de sa peinture bleue nuit, le jeudi matin, en descendant de mon petit train de banlieue et avoir rêvé de marcher sur la moquette du quai 10 de la Gare de l'Est, prendre la main que me tend le préposé en livrée et gants blancs et monter à bord.  Même si, depuis que j'ai appris, qu'il n'allait pas plus loin que Venise, mon enthousiasme a un peu baissé. Il y a les transcontinentaux, le Transsibérien, le Transcanadien et celui qui traverse la Cordillère des Andes, pour la sensation d'immensité, pour revivre les premiers temps de le révolution du rail où la notion de "distance" a changé, pour appréhender la vitesse dans toute sa lenteur, pour se réveiller un matin et se dire qu'on est à Vladivostock, qu'on est à Vancouver, qu'on est à Valparaiso...


Parmi les transcontinentaux, je place aussi l'Amtrak, dans l'absolu, il m'aurait fallu faire un trajet New-York - San Francisco, mais je me contenterai, pour l'instant, d'un Washington-Chicago.  L'Amtrak, pourquoi l'Amtrak? Les Etats-Unis sont le pays de la route pas du rail. L'Amtrak à cause de Hitchcock et de La mort aux Trousses, peut-être aussi à cause du sourire de Cary Grant, en tout cas après avoir vu ce film, j'ai décidé qu'un jour je prendrai ce train.

 

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Le train américain est lent, mais cette lenteur va bien avec cette fin d'après-midi, avec le soleil qui est enfin revenu pour disparaître bientôt dans un panache orangé, avec ces collines boisées de Virgine Occidentale, avec cette rivière dont j'ignore le nom et qui serpente et dans laquelle quelques pêcheurs à la mouche s'affairent avec de l'eau à mi-cuisse. Cette lenteur va bien à mon état d'esprit aussi, moi qui ai quasiment couru pour voir tout ce qu'il y avait à voir à Boston et Washington. Cela fait deux jours que j'espère ce moment où je pourrai me poser, ne pas bouger et avancer pourtant. Cette lenteur va bien aussi avec la douce ivresse qui m'envahit après quelques gorgés de bière, elle va bien avec ce petit apéritif improvisé, pour célébrer ce moment, je traverse une partie des Etats-Unis.

 

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Cette lenteur me permet aussi de revenir sur les dernières heures passées à Washington. En y réfléchissant, j'ai trouvé beaucoup de similitudes entre Washington et Ottawa, les villes n'ont pas vraiment la même physionomie, mais leur rôle, leur création sont assez proches, elles incarnent sans réellement être, ce sont des capitales politiques, mais ce n'est pas là que palpite le coeur de leur pays respectif. Et ce sont des villes où l'on trouve des musées extraordinaires, d'autant plus extraordinaires qu'à Washington, ils sont gratuits! C'est le rôle de l'Etat de placer la culture au niveau de tout un chacun, non?! Je n'ai eu le temps que de parcourir (3h chacun) deux musées à DC, le musée de l'air et de l'espace et celui de l'histoire des Etats-Unis. Des musées à l'américain, des musées à grand spectacle, mais en même temps avec beaucoup de fond, il y a énormément de choses à apprendre, à découvrir au delà du côté spectaculaire d'un hall empli d'avions et de fusées.

 

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J'ai bien aimé le musée de l'histoire américaine, en fait pour être très précise, j'ai apprécié la partie sur les présidents américains, il y a de nombreux objets leur appartenant (dont le saxophone de Clinton, le chapeau de Lincoln ou le pyjama de Théodore Rossevelt), ça permet de les désacraliser, de les voir en tant qu'homme. Ainsi que la partie sur les transports, l'importance du chemin de fer dans l'expansion américaine vers l'Ouest, l'importance de la voiture dans le quotidien, dans la définition même de l'Américain. Il y avait notamment un petit documentaire sur les voitures célébres au cinéma, avec ma préférée la DeLorean de Retour vers le futur. J'ai beaucoup moins goûté (pour reprendre une expression québécoise) la partie consacrée à la guerre, aux guerres qu'ont menées les Etats-Unis depuis leur création. Bizarrement, aucune mention d'Hiroshima et Nagasaki nulle part! Et j'ai eu l'impression que la guerre en Irak, et le club Med à Djerba, c'était un peu la même chose!

 

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Je me suis laissée bercée par le calme et l'élégance de Georgetown, quartier chic et cher s'il en est, j'ai suivi le canal Chesapeake et Ohio, en y retrouvant la même langueur que le long des berges du canal de l'Ourcq. J'ai passé des heures, l'hiver dernier, à le photographier sous la neige, à chercher des réponses à des questions que le ciel bas seine-et-marnais me renvoyait en pleine face. En longeant le Chesapeake&Ohio Canal, je ne suis pas sûre d'avoir trouver les réponses à ces mêmes questions, mais j'ai trouvé la capacité d'y répondre, d'y faire face.

 

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La vraie richesse a ce visage, celui des rues ombragées de Georgetown, de ces immeubles, de ces petites maisons de ville si soignés d'où rien ne dépasse, que rien ne vient perturber, de ce calme. Le vrai luxe c'est ça, pas tant les enseignes de marques prestigieuses qui s'alignent sur M street, que le bruit du vent dans les magnolias séculaires aux abords des façades de briques et de pierre. Et quel mystère, quel secret d'alcôve cache le drapé de ces rideaux? Luxe, calme et volupté...

 

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Un dernier passage par le Mall, pour lui découvrir une autre physionomie, l'appréhender en gigantesque terrain de sport, ici on joue au base-ball, plus loin au football américain et il y a même quelques soccer-players! Des anonymes, des équipes en maillots, des matches improvisés ou organisés de longue date. Il est beau ainsi, il est plein de vie, enfin, quelque chose bat sur cette allée! Le vent du soir vient apaiser les brûlures du soleil sur ma peau, je m'allonge dans l'herbe, je ferme les yeux. Alors les images de tous ces animaux en cage que j'ai vu la veille au zoo me reviennent en mémoire. Je déteste les zoos, j'ai beau me dire qu'ils aident à la préservation d'espèces, je ne peux me résoudre à voir des animaux ainsi parqués. Ils ont tous l'air si tristes, désemparés, un peu pathétiques, ou bien est-ce nous qui sommes grotesques à nous acclutiner ainsi pour voir le panda, le gorille et les lionnes,  fiers d'avoir approcher des animaux sauvages? Des animaux, que notre bêtise, notre égoïsme et notre amour du gain, nous ont conduit à mettre en péril, des animaux qu'il nous faut aujourd'hui mettre en cage pour les préserver, en faire bêtes de foire pour les éloigner des fusils, des pièges, des bulldozers.


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USA-0516.JPGElle est dans le bon sens

 

Le train s'est arrêté dans une petite ville, au bord des rails des vieux messieurs regardent descendre les quelques voyageurs. Derrière eux, sur un immeuble, une inscription "US Marines Veterans". Voilà donc comment finissent les héros, assis sur des chaises pliantes à regarder passer les trains... c'est toujours mieux qu'allongés à Arlington!

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