Echelle et distances

Publié le par cecinestpasunblogsurmavieaucanada

En 3 heures de voiture en France, on parcourt 1/3 du territoire, en 3h de voiture au Canada, on va au village voisin!

C'est l'un des principaux enseignements qu'auront retenu Mr et Mme Pavan en goguette outre-atlantique, le Québec c'est grand! 1300 km en 4 jours, on a le temps d'en voir des sapins, des maisons en bois mal isolées, des panneaux indiquant le passage fréquent d'orignaux. En 1300 km, on a le temps de se lasser des sapins et des lacs canadiens, c'est beau mais un peu monotone à la longue.

 

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Il n'y en a qu'un dont on ne peut se lasser, c'est le St Laurent, toujours changeant, toujours majestueux, qu'il prenne des teintes grises tourmentées, marron agitées, bleues sereines, qu'il soit rivière au bord des rives ou océan que la marée emporte au loin. Le St Laurent est le sort que jette les Québécois aux étrangers pour les retenir de partir. J'ai encore été charmée, ensorcelée par les rives du grand fleuve, après l'avoir longé sur son flanc sud et en Gaspésie, je l'ai suivi par le Nord, en empruntant le chemin des navigateurs.

 

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Et toujours ces petites maisons où l'éternité berce le temps qui passe, au rythme d'un rocking-chair usé par de nombreuses veillées sur le perron. On ne peut pas dire que ces villages du bord de fleuve soient beaux ni même jolis, ce ne sont en vérité qu'une route le long de laquelle se nichent, au milieu d'impeccables pelouses, de petites maisons, mais il se dégage des airs de far-west des balustrades des perrons, des escaliers des maisons, une langueur océane bretonne, basque ou galicienne des hortensias, des magnolias et des barques amarrées au fond des jardins, ce sont des lieux uniques et déjà vu à la fois, c'est la nouveauté et l'impression de revenir. Les gens qui vivent là ont tout compris.

 

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Echelle et distance. Tout est une question d'échelle en Amérique, tout est plus grand, plus gros, plus loin que par chez nous, il n'y a apparemment que les distances de sécurité qui se raccourcissent, c'est cette mauvaise appréciation de la distance qui a conduit un québécois au visage rubicond et son ami à la langue bien pendue, à percuter l'arrière droit de notre voiture de location! (Là j'ouvre une parenthèse car mes propos vont être beaucoup moins poétiques! Il me collait tellement au cul qu'il a même pas vu quand j'ai mis mon clignotant et selon lui c'est de ma faute s'il me rentre dedans! "Vous avez pas flashé" qu'il n'arrêtait pas de répéter bêtement en regardant l'avant de sa voiture emboutie! Alors d'abord mon petit père, "flasher" ça ne veut rien dire! Et ensuite, certes, j'ai tourné un peu brusquement, mais si tu avais été à la bonne distance, ce ne serait pas arrivé!! Heureusement le destin a pourvu à châtier ce malotru en épargant notre voiture et en abimant copieusement la sienne. Le karma ça pardonne pas! Je referme la parenthèse) Ce lèger incident a un peu ralenti notre progression vers Québec, c'est donc en fin d'après-midi que nous sommes entrés dans la capitale du Québec, dans la ville éponyme, fondée officiellement le 3 juillet 1608 par Samuel de Champlain sur un promontoire en surplomb du St Laurent.

Chaque ville a son symbole, sa Tour eiffel, son Empire State Building, son Golden Gate, à Québec, c'est le Château Frontenac! Que finalement, on appelle château à tort car il n'a jamais abrité de châtelain, ce fut toujours un hôtel. A la fin du XIXe siècle, la compagnie de chemin de fer Canadian Pacific, qui voulait encourager de riches voyageurs à prendre le train pour traverser le pays, a construit des hôtels de luxe le long du trajet. Le premier construit a été le Château Lake Louise dans les Rocheuses, suivi en 1893 par Le Frontenac, du nom d'un gouverneur de Nouvelle-France, Louis de Buade comte de Frontenac.

 

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Forcément il est en travaux, rien que pour me gâcher mes photos!!

 

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Avec ses briques et ses toits de cuivre, son allure médiévale et fantastique, on le croirait sorti tout droit de l'esprit de Viollet-le-Duc, je ne me suis pas trompée d'ailleurs, en lui trouvant une ressemblance avec le château de Pierrefonds (C'est celui que je voulais vous emmener visiter Lili et Seb! Quand vous rentrez de Mada on y va!!), reconstruit par Viollet-le-Duc au XIXe siècle et source d'inspiration de l'architecte du Frontenac.

 

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La visite guidée de l'hôtel vaut vraiment le coût, d'abord, car on n'a pas la chance tous les jours d'entrer dans un palace 5 étoiles, d'arpenter ses couloirs, de s'asseoir dans ses salons d'apparat, de voir une chambre (une petite!) ensuite parce que les guides en costume sont passionnants et enfin car, je l'ignorai, dans le salon rose de l'hôtel Frontenac, entre deux cigares, deux prises d'anti-douleurs et tout en contemplant le St Laurent, Churchill et Roosevelt ont décidé et planifié le débarquement en Normandie, au milieu de l'été 1943. Et c'est la seule fois de son histoire où l'hôtel a été vidé de ses clients, les habitants de Québec pensait que le pape avait pris ses quartiers d'été au château, sans doute une rumeur lancée par Churchill!

 

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Québec est l'une des plus anciennes villes d'Amérique, pas seulement d'Amérique du Nord d'ailleurs, lorsque l'on se promène dans ses rues, on se croirait revenu en Europe, les pavés, les murs et les cheminées en pierre... Tous ces Bretons et ces Normands partis de chez eux pour de longs mois, ont recréé leur petit coin de pays, un peu de Quimper, un peu d'Audierne, un peu du Mont, un peu de Dinan, une Nouvelle-France.

 

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Le vieux-Québec est vraiment très beau, presque trop, trop carte postale, trop vieille France, il est comme tous les lieux très touristiques, on se demande si des gens y vivent à l'année, des gens qui côtoient les touristes et leurs valises sur le trottoir. Des enfants en uniformes partant à l'école quand nous sortions de l'hôtel sont venus apporter la preuve que ces rues ne sont pas encore muséifiées, les cris et les rires des cours d'école y résonnent encore!

 

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Nous quittons Québec pour endurer de nouveau les longueurs de la route canadienne, nous y reviendrons avant de retourner sur Montréal. Nous prenons la route du Nord, en direction du lac St Jean, pour ensuite redescendre le long du fjord du Saguenay jusqu'à Tadoussac, où nous l'espérons nous pourrons voir des baleines.

 

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Le Lac St Jean a été LA déception de ce voyage, il en faut une par voyage c'est comme ça, c'est par contre toujours un peu pénible quand on fait beaucoup de route exprès et qu'au final on ne voit rien. Les Canadiens ont de nombreux de lacs, partout, à côté la Finlande c'est le Sahara, il y en a plein le long des routes, sans grand intérêt, mais quand ils en ont un qui est grand et réputé pour être très beau, ils le cachent, il l'enferment derrière des kilomètres de campings privés où on ne peut pas aller! On n'aurait imaginé dans une petite ville, une jolie promenade le long du lac, des planches de bois, une légère brise lacustre pour décoiffer nos cheveux (En même temps niveau capillaire, dans la mesure où je suis celle qui a les cheveux les plus longs, le vent aurait dû souffler fort pour pouvoir décoiffer Mr et Mme P.!!), un petit restaurant où on aurait déjeuné au soleil, en regardant le bleu de l'eau sans distinguer l'autre rive. A la place, on a mangé dans une gargotte le long d'une route et ensuite on a trouvé une plage municipale où voir le lac, boueux (bon Irène était passé trois jours avant!) et sans charme.

 

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La descente du fjord n'aura pas été beaucoup plus passionnante (j'ai même dormi), puisque la route le suit mais ne le longe pas, on n'a donc pas de vue sur lui. Nous avons dépassé Chicoutimi sans nous arrêter. Mais j'aime beaucoup l'idée de pouvoir dire que je suis passée à Chicoutimi. Y'a deux villes où je voulais aller au Canada à cause de leur nom c'est Chicoutimi et Winnipeg (en plus Winnipeg est la capitale du Manitoba! Pour comprendre il faut avoir lu Jo, Zette et Jocko pendant son enfance...)

 

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Il faut attendre Tadoussac, pour avoir une vue sur le fjord et l'estuaire du Saguenay. Petite définition d'un fjord, pour ceux qui auraient manqué les cours de géomorphologie (quelle chance!), c'est une ancienne vallée glaciaire souvent étroite, située au-dessous du niveau de la mer et remplie d'eau salée.

 

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Tadoussac se trouve donc à la confluence de la rivière Saguenay qui descend le fjord du même nom et du St Laurent, l'eau y est salée, c'est pourquoi d'avril à octobre des milliers de cétacés viennent se nourrir dans ces eaux. Avant d'être un village investi par les touristes en quête de baleines, Tadoussac a été un poste important du commerce de la fourrure (de castor principalement), mais ce petit village a surtout été le premier endroit où Jacques Cartier a posé le pied, le premier établissement français au Nouveau-Monde, il est le plus vieux village au Québec, 410 ans. Samuel de Champlain y a bâti une ravissante église en bois, au toit rouge et aux lattes blanches, qui veillent depuis 4 siècles sur les pierres tombales centenaires elles aussi, du petit cimetière.

 

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Maintenant, je peux dire que j'ai vu des baleines, ce n'est plus qu'un souffle entraperçu à 4km de distance, ce n'est pas encore une ballerine de 20 tonnes surgissant de l'eau avec agilité, force et élégance, mais ce sont des dos, des nageoires codales émergeant quelques secondes à une dizaines de mètres du bateau. C'est sentir la puissance d'un tel animal, son gigantisme et aussi sa vulnérabilité, observer avec ravissement, euphorie, plaisir ces géants dîner. Emerveillement et respect. Pendant 7 mois, elles vont venir se nourrir, prendre des réserves, faire de la graisse, pour ensuite partir dans les mers du Sud pour se reproduire, durant le reste de l'année elles ne mangeront pas, elles devront vivre et faire vivre avec ce qu'elles auront pris ici, dans ces eaux. Quand on voit passer dans le milieu du fleuve, des pétroliers, on imagine la catastrophe qui pourrait arriver, tuer un écosystème, faire disparaître ces grands mammifères.

 

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C'est avec des images d'animaux marins plein la tête que nous prenons le bac qui traverse le fjord, puis la route du retour vers Québec, encore tous ces villages, ces maisons et des vues magnifiques sur le fleuve, qui à marée basse laisse apparaître ses dessous.

 

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Une dernière promenade sur la terrasse Dufferin, dernières flâneries dans les rues anciennes, car demain c'est Montréal, et les rues montréalaises n'ont pas le charme désuet de celles de Québec.

 

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Montréal c'est la grande ville, c'est celle qu'on n'aime pas au premier abord, celle qui n'est pas touristique, celle qui n'est même pas jolie, celle qui ne vaut que sur la distance, sur le long terme. Pourtant les escaliers extérieurs montrélais, les avenues larges et ombragées, rectilignes dans lesquelles le regard se perd, ont à mes yeux autant si ce n'est plus de caractère et d'élégance que les vieilles pierres de la capitale québécoise.

 

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