Présent

Publié le par cecinestpasunblogsurmavieaucanada

Photographier c'est une part de technique, arriver à jouer avec, parfois, contre la lumière, savoir la capturer un peu quand elle est abondante, beaucoup quand elle est faible. Le plus grand défi c'est de rendre sur papier couché brillant (et non pas glacé) ce que nos yeux voient. Mais la photographie ne peut pas se résumer à des calculs d'indice de luminosité, de nombre d'ISO, et d'ouverture de diaph, sinon je serai une bien piètre photographe, car le calcul n'a jamais été mon fort.

Photographier c'est donc aussi une part d'esthétisme. Trouver l'angle, raconter une histoire en instantanné. Il y a des centaines de façons de photographier un même sujet, tout dépend de ce qu'on veut montrer, de sa personnalité, de ce que l'on voit. Photographier c'est donc apprendre à voir.

 

On peut se dire que la qualité d'une photographie dépend du sujet autant que du photographe. Il est évident qu'un cliché du Taj Mahal réalisé par Tartanpion en vacances sera plus joli qu'un cliché de sa cabane de jardin. Plus joli peut-être, plus intéressant pour ceux qui le regarderont c'est sûr. Une bonne photo doit-elle être belle ou intéressante?

Autre exemple, est-ce qu'un grand photographe peut donner de l'intérêt par son regard à des lieux, des choses qui ne semblent pas a priori en avoir?

 

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Ces trois prunes (désolée pour la qualité du scan!), ont de la poésie, on penserait trois vieilles dames se racontant les commérages du jour. Mais la poésie est dans l'oeil d'Edouard Boubat et aussi dans celui qui regarde.

Mais comment réussir à trouver de la poésie dans ces lieux communs, ces endroits mille fois parcourus. On ne peut pas se laisser surpendre par un lieu connu, on s'emmerveille de la nouveauté, de cette ville où on vient d'arriver et que l'on explore, car chaque coin de rue nous semble une nouvelle aventure, nos oeil ne s'est pas encore habitué. Même les lieux tristes, désabusés, délaissés prennent une autre dimension.

Dans son travail sur l'errance, raymond Depardon a photographié des routes désolées du bout du monde, mais il a aussi immortalisé les coins abandonnés des dimanches en banlieue; Il parvient à faire des images souvent belles esthétiquement à partir du quotidien, même si ce n'est pas son quotidien.

 

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L'exotisme est un bon fond de commerce pour le photograhe, c'est facile de déclencher pour des couchés de soleil aux Bahamas, pour l'Empire State Building, pour les rizières vietnamiennes, mais qu'en est-il de l'église du village, du marché du dimanche, de l'arrêt de bus...  Qu'en est-il de notre quotidien? Du mien?

J'ai photographié les bords désaffecté du Canal Lachine, pourquoi ne parviens-je pas à faire de même avec les hangars à l'abandon de la zone industrielle de Meaux?

 

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Si on vient à photographier son environnement proche, c'est soit qu'il est très beau, soit qu'il est le théâtre d'un évènement inattendu qui en change la physionomie, comme la neige.

 

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Je n'ai jamais pris autant de photo de mon jardin, que lorsqu'il a été recouvert par 40 cm de neige. Je vois ce poteau et ce grillage tous les jours en ouvrant mes volets, ils n'ont aucun intérêt pour moi. Ils en auraient si je revenais ici après plusieurs années au loin. Ils en auraient si je ne devais plus jamais les revoir.

 

Dans Errance, Raymond Depardon explique qu'il n'est pas quelqu'un du présent, qu'il a de grandes difficultés à se fixer dans du "ici et maintenant" et que la photographie et le voyage l'aide en cela. Quand on photographie il faut être entier à ce que l'on fait, à la lumière qui change, aux gens qui bougent. Moi aussi les voyages et la photo m'aident à rester à l'instant T, je dois être consciente de ce que je fais et ce que je fais m'intéresse. Le reste du temps, le présent ne m'importe pas beaucoup, c'est juste un temps coincé entre le passé et ce qui arrivera. La surprise du voyage, l'étonnement de la nouveauté oblige à ne pas penser à plus tard, inviter à profiter de ce que l'on a là, maintenant. Et photographier c'est s'intéresser à cet endroit à ce moment précis, c'est donc je suis, je fais. Du présent.

Mais pas facile, de s'inscrire au présent dans un lieu qui a vu toute votre vie défiler, dans un lieu où on se sent toujours petite fille, et ou finalement on a quasiment toujours un statut d'enfant, dans un lieu où on a fantasmé le futur jusqu'à plus soif, un lieu où on a crée un imaginaire qui serait mieux que le présent.

 

Mais c'est quand même ce que je vais essayer de faire, essayer de voir ce lieu au présent, me laisser surprendre.

 

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Récréation

 

 

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A d'autres

 

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Sur la route de...

 

hiver-0013.JPGA deux pas

 

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Graines au vent, herbes folles et vieille cahute

 

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Jardin d'hiver

 

hiver-0064.JPGJour d'école

 

hiver-0073.JPGEntrée des artistes

 

Voilà pour ce qu'il est de la première tournée, il y en aura d'autres!

En regardant les photos que j'ai prises, je me rends compte qu'il y a forcément beaucoup de passé en elles. A mes yeux, elles ont de l'intérêt pour cela aussi, pour cela seulement... peut-être.

Photographier c'est aussi mettre de la densité, qu'il y ait plus qu'un cadrage parfait, une lumière appropriée, il y faut un peu de vécu. Mes cadrages sont loin d'être parfaits, la lumière est ce qu'elle est en décembre en Seine-et-Marne, mais par contre, niveau vécu, on ne peut faire mieux!

Je ne veux pas être suprise par ce lieu, car je serai déçue, je ne vois pas où la surprise peut se cacher, je vais juste essayer de me le réapproprier.

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